Sunday, January 20, 2008

Japon

Sent: Wednesday, September 24, 2003 6:16 PM Subject: From Japan to China… 

Konnichiwa ! Bonjour !

Quinze jours passés et déjà je me prépare à passer à un autre exotisme, encore quelques bonnes surprises et situations déconcertantes, je pense, en Chine… J’ai acheté le billet de bateau, départ vendredi midi de Kobe, arrivée à Tianjin (à une heure de Pékin) le dimanche en début d’après-midi.

Ce sera une “single tatami room” : on prend vite goût au tatami, je suis déjà convaincue d’y venir en rentrant. Vive le futon ! et vive les chaussures déposées à l’entrée : les Japonais ne font pas le ménage, et qu’est-ce que c’est propre…  

 

Splendeurs et misères du tatami

Les chaussures, comme les baguettes, les mouchoirs, les gestes, font l’objet de toute une codification. Heureusement, les Japonais sont plutôt tolérants envers ces clowns de “gaijin” (étrangers), toujours prêts à se comporter de travers… Pas question d’aller se moucher en public (et pourtant on vous distribue à tour de bras dans la rue des paquets de mouchoirs en papier, l’outil numéro un du marketing de proximité, ici. Ranger soigneusement le paquet dans sa poche et continuer à renifler proprement…).

Pour ce qui est des chaussures, on prend vite l’habitude. Le tout est de ne pas oublier, en sortant des toilettes, de laisser en place les sandales spécialement réservées à ce cagibi : ressortir sur le tatami affublé de ces chaussons impurs serait pour le moins mal approprié… Le tatami est un espace sacré. Je m’assouplis d’ailleurs les genoux à force de le pratiquer, dans les restaurants du soir en particulier, où la chaise de bar des troquets à nouilles cède le pas à la table basse, sur le dénivelé du tatami au pied duquel s’alignent les paires de chaussures.  


Kyoto, parcours initiatique

Je suis actuellement à Kyoto, la ville aux milliers de temples, et effectivement c’est saisissant, ils se cachent partout, se découvrent à profusion au hasard de la moindre balade ; sans compter les mini-temples, petits abris où sont protégées des statues d’enfants en pierre (pour demander protection des enfants, et en souvenir des enfants morts), avec des offrandes (verres de thé, de sake, biscuits, fleurs…).

Je suis chez une amie franco-japonaise, Cécile, qui me fait partager sa vie kyotoïte (elle y a vécu plusieurs mois, à deux reprises) et m’éclaire sur les innombrables questions que je ne cesse de me poser sur ce pays. 

Ce matin, lever à 5 heures, marche jusqu’à un temple zen pour une séance de méditation, à 6 heures. Za zen : méditation assise (un défi pour les genoux, mieux vaudrait peut-être une bonne séance de yoga auparavant ; sous peine, comme moi, de se tortiller douloureusement en redoutant de saboter l’état de méditation des voisins…). On enchaîne sur un petit-déjeuner zen, thé vert, riz dans son eau de cuisson avec des pickles multicolores, au rythme des indications et des incantations du moine qui dirige la cérémonie. Il fait ensuite une lecture, qu’il commente. Je m’applique à imiter soigneusement les autres, mais ne manque pas d’être complètement à côté de la plaque : sandales alignées en vrac devant moi, veste posée en ce qui semble un tas grossier comparé au pliage de rigueur, comble de rectitude et de discrétion… 

Cécile m’initie également aux mets étranges que je ne me lasse pas d’étudier (avec stupéfaction), et d’essayer (non sans stupeur à nouveau…), au supermarché. Ici, le soja est roi : en graines (fraîches ou fermentées, natto, dont les moisissures promettent santé et longévité), en pâte, miso, en sauce, en fromage, tofu (il est sublime, ici ; je vais me mettre en quête de son équivalent à Paris !), etc. On mange beaucoup d’algues, de pickles (à base de radis, courge, champignons, etc., marinés dans le sake par exemple ; délicieux, je les essaie sur tous les étals des marchés où sont offerts des échantillons…), de champignons, de riz, de haricots (rouges, en dessert). Des pâtes aussi, udon ou soba. Impossible de tout décrire, la diversité culinaire du Japon est un vaste champ et reste, pour moi, encore à explorer ; il faut couper cour à la légende qui veut que les Nippons ne mangent que des sushis !…

Les fruits et légumes sont littéralement hors de prix, de l’ordre de 1,5 euros la pomme ou la “poire japonaise”… On s’en fait des cadeaux, la palme revenant au melon (une cinquantaine d’euros), un cadeau que l’on reçoit avec force sourire, et que l’on s’empresse d’aller réoffrir, à temps, espère-t-on, avant l’amollissement des chairs… En fin de course, le digne fruit n’est plus bon à rien, pas même à être dégusté. De quoi méditer sur la fonction du cadeau : « plaisir d’offrir », sans aucun doute ; « joindre l’utile à l’agréable », reste à voir. Sans parler de la joie de recevoir…  


A l’image de Tokyo, des villes en sons et lumières

Première étape sur le parcours qui m’a menée jusqu’ici, depuis Paris : Tokyo, ou le choc culturel. Tentaculaire, 34 millions d’habitants en incluant la conurbation (notamment Yokohama), mais tout se passe dans le calme et dans l’ordre. Les escaliers du métro se montent d’un côté, se descendent de l’autre (on a vite fait de comprendre quand on est à contre-courant…). Le Japonais ne va pas vous injurier si vous avez frôlé son pied : il va plutôt s’excuser. Il faut gérer également sa trajectoire sur les trottoirs, partagés avec les vélos. Le vélo est roi, j’ai testé et apprécié à Kyoto ; c’est pour le piéton que les choses deviennent périlleuses…

Dans toutes les villes, un brouhaha inextricable de haut-parleurs (militants de partis politiques, vendeurs ou racoleurs de boutiques…), de musiques ou cris d’oiseaux électroniques au gré des changements de feux tricolores, de musique tout court, jusque dans les musées parfois.

Chaque ville a ses quartiers de néons, illuminations verticales et clignotantes - des Broadway à échelle distendue, cités perpendiculaires où l’on vit suspendu derrière ces écrans de lumières ; et ses vieux quartiers, maisons de bois traditionnelles encore parfois, mêlées aux immeubles d’habitation plus récents, jamais très élevés, tremblements de terre obligent. Ce qui me frappe à chaque fois, c’est le contraste entre les grandes avenues et les rues qui en partent, à l’arrière, soudain étroites, sinueuses, pleines de fils électriques, de vélos, plantes vertes et distributeurs de boissons. Un distributeur tous les 15 mètres en moyenne, boissons fraîches et boissons chaudes, on n’est jamais en passe d’être assoiffé au Japon ! Et l’idée ne viendrait probablement à personne, ici, d’aller fracasser le distributeur… 


Le souffle coupé du Mont Fuji

Après Tokyo et Yokohama (célèbre pour son Chinatown et son skyline en bord de mer), direction le Mont Fuji. Et là, malgré les hésitations journalières du climat en cette fin de saison « officielle » (les Japonais sont très à cheval sur les dates d’ouverture et de fermeture des saisons dédiées à telle ou telle activité), je n’ai pas pu rester en bas à regarder ce cône mythique, qui tire sa paix à lui comme une couverture jusqu’à la pointe écornée de son sommet, haut dans les nuages. Je suis finalement partie le grimper, une expérience que je ne suis pas prête d’oublier : pleine lune, coucher, puis lever de soleil, fin de l’ascension à 5 heures du matin pour aller découvrir le cratère, cerné de petits temples shinto improvisés (c’est avant tout une montagne sacrée ; sommet d’une nature, quoi qu’il en soit, tout entière sacralisée, partout respectée et célébrée), une vue vertigineuse sur la vallée verdoyante en bas, sous les pentes raides de roches volcaniques rouges, grises et noires… Une semaine de courbatures après ça. Mais la peine était largement compensée !…  


Vie alpine au Soleil Levant…

Poursuite du camping dans les Alpes japonaises, au Nord-Ouest du Fuji, entre Nagano et Takayama, une région de onsen, des bains publics établis dans des sources chaudes naturelles à l’odeur souffrée, le soin parfait des courbatures… On prend soin de se laver avant d’entrer dans l’eau, et pas une fois dedans, une autre erreur attendue systématiquement des gaijin, et pour laquelle on sera moins tolérant… Avec le camping j’ai pris un rythme solaire, coucher 21h (surtout quand les piles de la lampe torche vous lâchent de manière impromptue, l’un des classiques du camping auxquels on ne semble pouvoir échapper, avec l’ondée subite nocturne et le gravier mal placé…), lever 5-6 heures. Le camping est déjà en effervescence à cette heure-ci, cela sent déjà le BBQ un peu partout entre les arbres. Pays du soleil levant…  


…et redescente plus avant dans les contrastes du Japon

Après Takayama (et une nuit d’auberge de jeunesse dans un temple !), Kanazawa, une ville bien préservée des destructions de la guerre de 1945, ailleurs nombreuses et qui nous privent dans nombre d’endroits de ces restes de châteaux, de murailles orgueilleuses, d’ombres de rois et de samouraïs, et aussi de ces maisons de bois sombre, de ces quartiers d’artisans où l’on voit encore aujourd’hui, à l’occasion, un homme travailler et vivre aux côtés de sa voiture, derrière une vitrine. Il y a aussi à Kanazawa un jardin censé être l’un des trois plus beaux du pays (les Japonais ont ainsi leurs trois jardins phares, et leurs trois paysages incontournables : objets de pèlerinages, tout au long des vies nipponnes, et sources de nombreuses photos et commentaires), et il est assez impressionnant, il faut bien le reconnaître. 

Mais ce n’est rien encore à côté de Kyoto, tellement riche de contrastes, mariant, au calme vert de ses faubourgs immédiatement très ruraux, sa fougue de grande ville, mêlant, à ses temples par milliers, ses quartiers dédiés aux bars de nuit, au bruit des jeux électroniques. Néophyte béate, je me suis laissée étourdir par sa gastronomie traditionnelle (un marché immense et réputé, où chaque étal est aussi arrangé qu’un patchwork ou une mosaïque), sa gare de verre et de métal, la surprise de découvrir les étudiants répétant le hip hop devant l’université, celle d’assister à une démonstration publique d’arts martiaux dans un budo, le lieu dédié à ces jeux de poings, d’épées et même, aujourd’hui, de mitrailleuses d’opérettes ; par la technologie omniprésente, et paradoxalement les maisons sans salles de bains… (nous avons ici un lavabo, pas d’eau chaude, et suivant la coutume, rejoignons le sento, le bain public, où l’on va pour se laver et profiter des potins du coin - sauf quand on ne comprend rien…- au bord des jacousis… bien mieux qu’une banale salle de bain, en somme !) ; par les portiques shinto, orangés, qui accrochent partout le regard et guident de véritables pèlerinages dans les collines.  


Premier contact avec l’Asie, premiers dépouillements de la « part d’Occident »

Je fais des centaines de kilomètres à pieds, je devrais mettre une bougie au temple sur l’autel du Vieux Campeur et de Décathlon grâce auxquels j’ai, certes, un look de touriste en chaussettes blanches - on me demande sans cesse si je ne suis pas américaine… Au doux nom de “France” dans ma réponse, je vois les visages s’éclairer, les lèvres s’ouvrir sur des bredouillements de “Paris”, “marvellous“, “beautiful“… Un début d’identification, car ce qui est certain, c’est que je suis avant tout ici “occidentale” : il n’y a plus de nationalité qui vaille, et moi-même d’ailleurs je tends à estomper les particularismes, finissant, à force de baigner dans ce statut d’étrangère, par me parler en anglais… Ce n’est qu’aux rares occasions d’une bouchée de vrai pain que je sens mes origines me chatouiller de l’intérieur… -, mais aussi une forme du tonnerre, pieds et dos intacts, pas de coups de soleil (une bougie à Saint Ecran-Total) mais la mine recolorée, en voie de sinisation peut-être (les Nippons, eux, se gardent bien des rayons du soleil !), sous l’effet nouveau de vivre en plein air, dehors par tous les temps !… Et dire que c’est parti pour un an !…

Demain je pars deux jours sur la côte voir le « Pont vers le ciel », une arche de sable en bord de mer, l’une des trois merveilles naturelles célébrées au Japon. Un peu de camping à nouveau, pour retrouver la nature avant de revenir une soirée à Kyoto, puis départ pour Kobe, attraper le ferry.

J’ai hâte de voir qui peut bien prendre ce bateau… Beaucoup de Chinois, je crois, car c’est finalement, semble-t-il, bien moins cher que l’avion. Je suis contente en tout cas de ces deux jours de pause maritime, qui vont me permettre de méditer sur cette première découverte du Japon, et de me préparer à plonger dans la Chine, un autre tourbillon d’idéogrammes, de sons, de couleurs incompréhensibles, de sourires et de patience. Car c’est fou ce que l’on se fait tout naturellement patient ici… Peut-être est-ce du fait de tout ce temps dont je dispose, mais la durée n’a plus d’importance. Demander un renseignement, c’est attendre 15 minutes la réponse, mais c’est comme cela, après tout, et pas si mal : on a le temps de savourer, de s’émerveiller du dévouement des gens, qui se mettent en quatre pour vous aider alors qu’ils ne comprennent rien à l’anglais, ni au plan anglophone que vous leur tendez… De toute façon ma montre m’a lâchée. J’en trouverai sûrement une « made in China » ; ou j’abandonnerai l’usage du cadran, pourquoi pas après tout…

Je pourrais continuer comme ça longtemps, mais je m’éloigne là de l’idéal nippon de synthèse, d’essentiel, de traits qui, simplement brossés, pourraient suggérer un monde… Si jamais vous n’êtes pas encore endormis ni saoulés par ces lignes plus longues que prévu, je profite de la dernière pour vous dire que je pense fort à vous, que je suis heureuse de partager cela avec vous, et que je vous embrasse. J’espère que vous êtes vous aussi en pleine forme et j’attends des nouvelles de vos découvertes personnelles,

     Pauline 

 

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Chine

03/10/2003 03:53 Objet : 1ères impressions de Chine

Ni hao ! Bonjour !

Ca y est, me voilà plongée en Chine, et en route pour m’enfoncer dans ce pays gigantesque que déja je voudrais pouvoir arpenter en long en large beaucoup plus longuement qu’un mois… Les proportions ne sont pas les mêmes qu’au Japon, et même à l’échelle d’une journée, ici à Pékin, je cours presque après mon temps ! Moins facile de traîner, de s’asseoir n’importe où puis repartir tranquillement. Je me suis quand même mise à le faire, passés les deux premiers jours, à arrêter le vélo de temps en temps. 

Objectif communication

J’ai trouvé un moyen de communication très efficace avec les Chinois : dessiner. Immanquablement, j’attire un attroupement, on se penche par-dessus mon épaule, on se plante devant ma vue (idéal pour dessiner…), les enfants s’appuient contre mes jambes, tout le monde commente, rigole, appelle son voisin… Je donnerais cher pour comprendre ce qu’ils peuvent bien se dire !

Tout à l’heure je pars en quête d’une méthode pour apprendre le chinois. J’ai trop envie de communiquer avec eux, et de comprendre plus la façon de raisonner que peut impliquer une langue tellement basée sur l’image.

C’est drôle, je passe de moments de galère et de difficulté, face à des gens speed qui vous indiquent n’importe quelle direction, pourvu que vous les laissiez à leur occupation (un mementum au goût parisien, qui me fait réfléchir à prêter particulièrement attention, au retour…), à - la plupart du temps - des rencontres simples et directes, des gens très curieux et souhaitant vivement m’aider.

C’est plus facile qu’au Japon, finalement, car les jeunes Chinois (en tout cas à Pékin, on verra ensuite au fin fond du Sichuan…) parlent l’anglais, et comme on leur dit à l’université de pratiquer dès qu’ils le peuvent avec des étrangers, je suis sans cesse abordée, dans les jardins, musées, partout où je ralentis le pas. De ce que j’entends du chinois, l’accent me paraît assez proche de l’anglais, et je trouve que les Chinois ont un bon accent quand ils parlent l’anglais, bien meilleur que nous les Français…

Les panneaux des rues sont presque systématiquement (encore une fois, à Pékin…) traduits en pinyin, ça facilite la tâche… Idem au supermarché, les produits (destinés à l’exportation, sans doute, par ces commerçants de Chinois ; et, sans doute aussi, entraînés par le marché de Hong Kong) portent souvent une traduction anglaise, on peut au moins savoir ce qu’est l’ingrédient de base du sachet, de la pomme de terre ou de la blate séchée… (c’est un des snacks que j’ai repérés, pas encore essayé ; on verra…). 

Sur le continent de l’Inde

Je ne sais pas s’il va se passer la même chose à chaque changement de pays, mais il faut faire comme un “deuil” du pays précédent, auquel on s’était attaché, pour se lancer corps et âme dans le suivant. Ca y est, je suis dans la phase où tout est nouveau, tout est fascinant, de la brique posée sur le sol, au rouge délavé des murs impériaux, en passant par les tricycles surchargés, les cabines téléphoniques ovoïdes orange, les brochettes en tous genres que les gens promènent parfois à travers les rues, les marchés où l’on égorge les poulets et où s’étalent des organes dont on aimerait mieux ne pas trop s’approcher, les klaxons de tous les côtés, les drapeaux chinois qui mettent partout une note de rouge, en particulier sur la brique grise des hutong (ruelles de maisons traditionnelles, en passe de disparaître, ce encore plus à l’approche des J.O. 2008, pour lesquels on fait actuellement un grand ravalement…), les lanternes rouges, les pères Noël lumineux du quartier russe (!) , les énormes avenues, avec leurs salves de vélos, leurs bus defoncés (et bondés : il doit rester, des années dures du communisme, une peur de manquer ou de ne pas avoir de place, qui pousse les Chinois à systématiquement se ruer, l’objectif final primant sur les moyens à mettre en oeuvre, que ce soit le piètinement des voisins ou le planter de coups de coudes…), les gargottes partout où à toute heure on mange, ça sent si bon…

Le bruit aussi est très différent du Japon. Pas trop de hauts-parleurs (quelques-uns tout de même…), beaucoup de klaxons, de cris (je ne sais pas si le chinois se chuchote : ceux qui le parlent, merci de m’éclairer !). Peu de musique en ville : parfois, tonitruante, à l’entrée d’un magasin de disque, mais pas de façon omniprésente comme au Japon.

Peu importe ici l’esthétique : l’architecture, les restaurants, l’habillement (les ados eux-mêmes restent assez soft !) sont avant tout utilitaires ; on est loin de l’extrême raffinement du Japon.

De passer comme ça de l’un à l’autre, la différence entre ces deux pays, tout reliés qu’ils soient, par le faisceau d’influences lancé tous azimuts par la Chine vers ses voisins, mais aussi par la représentation poétique et mythique qu’on s’en fait depuis l’Occident, et aussi, finalement, par deux journées à peine en mer, me frappe de plein fouet. Sur le bateau j’ai pu commencer à la sentir, et aussi à en parler avec une Chinoise qui venait de finir sa thèse sur les relations socio-culturelles entre Chine et Japon, qu’elle avait étudiées en particulier à travers le prisme des nombreux émigrants du Japon venus en Chine pendant la deuxième Guerre Mondiale, qui reviennent au Japon trente ans plus tard, mais parviennent difficilement à s’y réinserer.

Premier choc culturel en arrivant à Tokyo le mois dernier. Deuxième ici, où je me suis immédiatement sentie sur le continent de l’Inde.

Des travaux partout. Tout est en perpétuelle reconstruction, semble-t-il. Dès la sortie de la gare, je me suis fait assaillir par une troupe de chauffeurs de taxis flairant le touriste à qui offrir de parcourir 2 km au prix du Pékin-Pétaouchnok… 

La vie d’expat’

Grâce à Juliette, je suis dans des conditions de rêve, chez Bertrand et Muriel, un couple de Français expatriés à Pékin pour 4 ans, après avoir déjà vécu 4 ans à Berlin, et avant d’enchaîner probablement avec 4 ans au Brésil. Bertrand travaille chez Valourec (équipement automobile et tuyaux en plastique). Ils ont quatre enfants, la dernière a trois mois, Muriel a dû rentrer accoucher en France l’année dernière en plein SRAS… A ce propos, ils disent qu’ils sont tombés de haut devant l’accueil qui leur a été réservé en France quand ils ont été rapatriés, à se demander, disent-ils, ce que les médias ont bien pu nous raconter en Europe. Leurs amis ne voulaient pas les voir avant le respect d’une quarantaine d’un mois ! En Chine c’était la panique, Pékin était fermée, mais la maladie n’avait rien de plus inquiétant, finalement, que les multiples petits organismes à faces microscopiques étranges, bacilles, virus et autres bactéries que l’on peut attraper tous les jours ici… Muriel m’a donné une paire de baguettes perso, d’ailleurs, à utiliser dans les endroits où l’on a tendance à rincer vaguement bols et baguettes avec le fond de la théière… Un bon vaccin contre l’hépatite n’est effectivement pas de trop…

Ils m’ont prêté leur vélo. Et sont partis cinq jours en vacances, c’est la fête nationale ici en Chine, un vrai bazar pour circuler, le pays entier se met en route. J’ai fait appel à une agence de voyage pour obtenir un billet de train pour Xi’an samedi, l’agent m’a rappelée hier soir à 21h pour me dire que ça marche, il a pu avoir une couchette ! 

Vouloir barrer un pays d’un mur

Hier, Grande Muraille : quatre heures de bouchons pour y arriver, dans un minibus bondé, enfumé… mais c’est la moitié du charme de l’expédition, l’autre étant la découverte de ce site tellement photographié, que s’il suffisait de cinq minutes d’ascenseur pour y arriver, cela perdrait en valeur… Il faisait très beau, il y a une jolie lumière d’automne ces jours-ci, les couleurs claquent. C’est impressionnant ce mur sur la crête, et les montagnes hachées des deux côtés de l’horizon. Quelle ambition, quand même, d’avoir voulu barrer un pays d’un mur !

J’ai rencontré dans le bus quatre jeunes Chinois, on a passé la journée ensemble, et la soirée au restaurant en arrivant à Pékin, un très bon moment. 

Je ne peux pas tout raconter, même si l’envie ne me manque pas de continuer encore et encore…Je pense bien à vous tous,

Je vous embrasse,

   Pauline 

Sent: October 17, 2003 Subject: News from Yunnan

Merci pour vos mails ! le dernier un peu rapide que je vous avais envoyé était de Chengdu, capitale du Sichuan ; depuis deux jours je suis à Lijiang, petit paradis dans le Yunnan.

Encore un voyage épuisant pour y arriver (à chaque changement de région, c’est un après-midi plus une nuit dans le train, sur laquelle on enchaîne une journée de 8-10h de bus…), mais cette fois-ci je me pose, je me sens bien dans cet endroit.

L’auberge de jeunesse est propre et calme. Mes premiers draps propres depuis Pékin !! Il y a non seulement du savon pour se laver les mains dans les toilettes, mais un mitigeur ! Vous voyez à quoi on mesure le confort… Et avec ma carte de membre Hostelling International, je ne paye que 10 yuans par nuit (8-10 francs)…

Aujourdhui je vais louer un vélo voir un peu les environs. Demain, partir pour 2-3 jours de randonnée, dans ce qui a l’air d’être l’un des paysages les plus fabuleux livrés à l’imagination (d’après ceux qui en reviennent). On est à 2 400 mètres d’altitude, ici, je crois. Il fait beau, pas trop chaud, juste parfait. Le linge sèche vite, sur la terrasse de l’AJ qui domine les jolis toits chinois de la vieille ville.

Pur bonheur. Je me suis déclarée “en vacances”, enfin, car la Chine n’est pas de tout repos ! Quelle énergie il faut pour affronter leurs “meiyou” (“non, il n’y a pas”), “bushi” (“non”), incompréhension totale le plus souvent ; et les “laowai” (“étranger”), et “hello” à tous bouts de champs, parfois j’ai envie de leur répondre “bonjour”, j’en ai marre d’être assimilée sans distinction au monde occidental. Je réponds “ni hao“, en déformant la prononciation à la mesure de la déformation, souvent très ironique, qu’ils ont eux-mêmes appliquée à “hello“ : voilà une solution qui paraît fonctionner. Heureusement, en visant les jeunes on a des chances de trouver quelqu’un qui parle anglais…

Malgré tout j’ai envie d’explorer encore et encore ce pays, d’apprendre du chinois et de revenir encore et encore, c’est si varié !

Je crois que je ne pourrai jamais retourner au restaurant chinois en France, tant ça n’a rien à voir. Et si varié, quand on change de région on ne retrouve pas les mêmes plats. Le Sichuan est réputé pour sa cuisine (tres épicée), et à raison : c’est sublime.

J’entends des avis très variés sur le Vietnam, mais je crois que je vais de toute façon aimer, comme tous les endroits vus jusqu’ici, malgré les galères (eh oui, Papa, j’avais répondu à ton mail à ce propos, malheureusement c’est celui qui n’est pas passé : of course tout n’est pas simple comme de l’eau claire (inexistante en Chine d’ailleurs…), mais je n’y pense même pas, ça fait partie intégrante du jeu, se planter de train (arrivé une fois au Japon), attendre 4h un bateau qui n’existe pas mais pour lequel on vous a vendu un ticket (la semaine dernière à Leishan, pour voir le plus grand Boudha du monde), 8h dans un minibus minuscule (jambes dans le menton) avec six Chinois ne parlant pas un mot d’anglais : heureusement il y a le paysage - hallucinant - dans lequel se plonger, quand on a épuisé toutes les ressources possibles pour communiquer… Et bien sûr les innombrables toilettes, tous plus incroyables les uns que les autres. Le record pour l’instant est détenu, je crois, par un trou obscur au fond d’une cour, auquel on accède après avoir enjambé la laisse d’un clébard agressif, cinq ou six poulets roucoulants, et la tête de deux porcs endormis dans la boue. Ce jour là, ça a été trop ; ils m’ont laissée faire pipi dans le ruisseau non moins réjouissant qui longe le mur de la cour… Quand on a compris les circuits de l’eau en Chine, on a tôt fait de se tenir éloigné des robinets, fruits et légumes…

Voilà, voilà, quelques news un peu plus détaillées !

Je suis en pleine forme, très heureuse toujours, et ultra reconnaissante à la terre et à la vie de me permettre de faire ça ! et à vous tous !

gros, gros bisous

pauline

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Chine (suite)

Sent: October 26, 2003 Subject: Comme la muraille de Chine… 

…je n’ai pas fait le tour de Chine ! Quatre semaines, juste le temps de commencer à prendre ses repères et comprendre un peu comment marchent les choses ici. 110 heures de bus et trains divers au total, et quelques kilomètres à vélo, à pieds. 30 litres de thé vert (?). Plusieurs mètres de nouilles, à toutes les sauces, fameuses. Pas mal de sourires, pour essayer de palier à la difficulté de communication…

Deux Orients extrêmes

J’ai quitté le Japon il y a un mois, en bateau, de Kobe à Tianjin (48h) : transition douce pour franchir l’océan gigantesque qui sépare ces deux pays. En commun, je dirais que je vois, à peu près : les baguettes, les vélos (pas sur les trottoirs, en Chine : il y a des voies cyclables, ou alors pas de trottoir…), le bruit en mangeant les nouilles (ca y est, l’entrainement a porté ses fruits, et je ne conçois plus comment on peut manger ses nouilles sans les siroter : ce doit être comme pour le vin, les arômes ressortent mieux au passage de l’air…), le principe de base des toilettes (accroupi : mais là s’arrête la comparaison), quelques traces architecturales dans les toits des maisons.

Le reste : aussi éloignés que peuvent l’être un Anglais et un Américain, un Grec et un Turc, un Français et… whatever. Bref, très différents (et ne s’appréciant guère).

Les Chinois mangent autant de viande que les Japonais, du poisson. Ils sont aussi bruyants que peuvent être calmes les Nippons. Au Japon, le sol est le support de la vie sociale et quotidienne ; en Chine, c’est comme s’il n’existait pas, on jette tout dessus, on crache de côté les morceaux de gras, à table, on crache tout court, voire plus, et on mélange éventuellement le tout de temps en temps d’un coup symbolique de serpillière antique. La même serpillière peut servir à essuyer le couvercle du yaourt un peu poussiéreux que vous achetez dans la rue, dans lequel on plante ensuite une paille.

Au Japon, j’avais pris l’habitude de me cacher pour me moucher discrètement si nécessaire. L’arrivée en Chine est un sacré relâchement ! On sent néanmoins ses limites, l’éducation et le polissage ont fait leur effet avec les années, et il faut sûrement longuement travailler pour “détricoter” cet apprentissage et arriver à cracher dans la rue, par exemple. J’ai vu des étrangers y arriver cependant ; il faut dire que c’est une nécessité, vue la pollution : j’ai traîné moi-même une toux grasse à chaque passage dans une grande ville.

Le crachat (universel, en Chine : les visiteurs officiels des J.O. 2008 vont avoir plus d’une surprise !) est peut-être l’ultime apprentissage. Avant cela, on peut arriver, peu à peu, à pratiquer sans complexe le coup de coude dans les flancs de son voisin pour le dépasser, la parole coupée (pour acheter un billet de train : arriver avec ses gros sacs à dos, bousculer, se pencher devant celui qui est en train de parler, attraper l’attention du guichetier - qui passe sans plus de tracas d’un interlocuteur à l’autre, d’ailleurs -, prendre la parole tranquillement, jusqu’à ce qu’un autre fasse pareil devant soi). Plus difficile : le hurlement à tue-tête dans les couloirs des hôtels ou au téléphone : on a quand même des scrupules européens difficiles à renier…

Se faire une place au soleil

J’ai senti en Chine une certaine liberté. Il y a de la place pour tout le monde, le tout est de la prendre. C’est une bataille de tous les instants, mais tout est possible. Cela vaut pour la conduite en vélo (en voiture, en bus… En train, je n’espère pas…) : le seul code qui vaille est, “s’il y a un passage à se frayer, vas-y”.

Quelqu’un qui avait passé du temps en Chine m’a dit que, selon lui, au sein d’une telle population, il arrive un moment où l’on ne peut plus prendre en compte l’intégralité de ses voisins ; on se concentre sur le cercle de la famille, et l’on fait abstraction de tout ce qui dépasse. D’où ce sentiment d’avoir affaire, chez les Chinois, à un egoïsme forcené.

J’ai ressenti parfois une grande dureté chez les gens, en particulier dans le Sichuan, chez les Tibétains.

Mais d’une façon générale, c’est la gaieté des gens qui ressort (les Chinois sont très joueurs, ils se rassemblent facilement dans les parcs, sur les trottoirs, nouent la conversation en trois secondes), la gentillesse (souvent quelqu’un pour vous aider, dévier son chemin pour vous accompagner là où vous voulez aller). J’ai adoré les trajets en train, c’est presque une fête. On échange des noix, des fruits, du thé…

 
L’intimité dynamitée

Je crois que je n’ai pas eu, en un mois, une minute d’intimité. Pas moyen de s’asseoir dans un coin avec un livre, ou son journal : un, puis deux, puis une foule éventuellement, de Chinois vont s’approcher, commencer à parler (même si l’on ne comprend rien), mettre les doigts sur un dessin, prendre le livre des mains, commenter à leurs voisins… Le plus drôle étant lors de mes tentatives de dessin : d’une certaine façon, la gaieté des Chinois, et leurs rires pointés alternativement vers les personnages et leurs modèles suspectés, m’ôtaient toute culpabilité dans l’entreprise de défiguration à laquelle j’étais en train de me livrer…

A vélo dans une ville, à coup sûr au premier feu rouge un étudiant va venir demander s’il peut faire le trajet avec vous (quel que soit le trajet), “to practice his English“. J’avais beau lui expliquer que j’étais “French“, peu importe, je me changeais en ambassadrice de l’Occident, professeur d’anglais, un peu comique…

Le chant du « laowaï »

Comme au Japon, tous les étrangers (laowai) sont mis dans le même panier « Occident ». Il y a le « Western » et l’« Eastern world », peu importent les nuances.

Là encore, par une belle journée sans trop de galères, les “hello” sont presque plaisants, et les “laowai” ont un caractère exotique amusant. Après 26h de bus, entre deux fumeurs, une jeune Chinoise vomissant par la fenêtre (un trajet sans la jeune fille vomissant ne serait pas vraissemblable : en tant qu’« Occidentaux », on s’attendrait à être les seuls en droit d’être malades dans les bus, ayant pour cela de bonnes raisons ; sotte pensée de notre part, mais constat néanmoins que ce sont toujours les locaux qui semblent souffrir les premiers des routes formidablement cabossées, des amortisseurs de l’époque des Ming, des pots d’échappement sans ramonage), les genoux dans le menton, les pieds coincés entre deux sacs de riz et son propre sac à dos, on devient moins patient.

Après quarante tentatives de prononciations de cette phrase que l’on sait, pourtant, être chinoise - on a passé quatre heures à en étudier la composition et le sens -, face à un visage impassible et à une série de “meiyou” (“non, il n’y a pas”) et de “tinbudong” (“je ne comprends pas” : l’une des premières phrases que j’ai appris à dire, me disant qu’elle me serait sans doute utile à prononcer ; en fait, je me suis plus souvent vue la recevoir à la figure, que la prononcer…), également. Le “laowai” lancé à tout bout de champ devient un aiguillon prêt à déclencher une tempête.

Cette fois je crois que j’ai pu ressentir au fond de mes tripes ce que peut éprouver un immigré marchant dans la rue, avec sa démarche importée, ses vêtements, son allure, ne parlant pas la langue, essayant tant bien que mal de faire des efforts pour se faire comprendre, mais personne ne le comprend, il a du mal à déchiffrer la signification des mimiques ou des rires des gens, et par-dessus le marché on lui balance des “étranger” plus ou moins ironiques…

D’un autre côté, je n’ai pu m’empêcher de penser à la boulangère du fin fond du Massif Central, qui voit débarquer depuis peu quelques spécimens barbares en Gore Tex, démarche sportswear, montrant du doigt les petits pains avec des accents gromelants, et je me dis qu’elle a sûrement tendance, elle aussi, à ranger ces astronautes dans la case “Amerloque” ou “Teuton”, sans discernement ni autre forme de curiosité, comme les Chinois ont leur case “touriste occidental”…

Communication hasardeuse, étonnantes rencontres

D’une façon générale, c’est le manque de communication qui crée les rancoeurs ; si seulement on pouvait expliquer pourquoi l’on agit comme ceci, et pas comme cela, pourquoi l’on a ces gestes, cette démarche si décalée…

J’ai acheté à Pékin une méthode pour apprendre le “colloquial Chinese“, c’est tellement frustrant de ne pas pouvoir communiquer. Heureusement il y a les étudiants, dans les grandes villes en particulier, on fait des rencontres intéressantes. Cette écolière, par exemple, et un vieux monsieur, qui se sont approchés tandis que j’essayais de négocier des fruits dans la rue, à Chengdu. L’écolière faisait l’interprète. Le vieux monsieur m’expliquait que j’étais en train de me faire avoir, me montrait les magnifiques pommes qu’il avait achetées pour quatre fois moins ; m’en donnait une, puis deux, d’ailleurs. Ils m’ont accompagnée tous deux ensuite à un restaurant où je pourrais manger quelque chose de bon et pas cher ; ont décrypté pour moi le menu et ont passé la commande en chinois. L’écolière est restée deux heures avec moi au restaurant, m’apprenant du chinois, et moi lui montrant de l’anglais. Le vieux monsieur sur son vélo est revenu dix minutes plus tard nous poser discrètement sur la table deux petits pains chauds, avant de s’éclipser, tout aussi discrètement…

Ou ce jeune Tibétain, à Songpan (petite ville du nord du Sichuan, région tibétaine), que j’ai aidé à ouvrir son compte email Yahoo dans un cyber café (tellement contente de pouvoir, pour une fois, aider quelqu’un à mon tour !), qui a absolument tenu à m’inviter à dîner. Il avait fui, à 19 ans, sa vie de berger de yaks auprès de ses six frères et soeurs dans les montagnes, pour rejoindre, sans un sou, Lhassa, puis l’Inde et le Dalai Lama, et étudier le bouddhisme. Après huit ans en Inde, il a eu le plus grand mal à franchir la frontière chinoise pour une visite à sa famille. Il parle mieux anglais et tibétain que chinois (il s’en est d’ailleurs trompé dans la commande au restaurant), est quasi végétarien, respire le calme, est choqué par la plupart des pratiques chinoises…

A Dali, un moine m’a invitée à boire le thé, puis à déjeuner avec lui, des amis à lui et les autres moines, dans le temple.
Un autre, dans le train, m’a demandé à 6 heures du matin, juste avant l’arrivée en gare, de dessiner son portrait.

Les tribulations des Chinois en Chine…

D’une façon générale, les Chinois sont très surpris de voir tous ces étrangers qui voyagent seuls. “Où sont tes amis ?”, questionnent-ils ! Le tourisme à la chinoise est une attraction en soi. Il faut voir ces hordes de casquettes et drapeaux, débarquant ou embarquant dans des bus, se relayant devant les “hauts-lieux” photographiques, souvent identifiés par une pierre marquée d’une inscription, dressée devant une vue magnifique, une cascade ou un bouquet d’arbres.

J’ai été assez deçue par un parc national, Jiuzhaigou, dans le nord du Sichuan, dans lequel on circule en « randonnée » le long de passerelles en bois, devant un groupe en costume de ville et cigarettes, derrière un autre groupe, inversement, en gore tex et appareils à trépieds (le système des passerelles a le mérite de s’adapter à la grande diversité des approches touristiques possibles en Chine…). Un service de bus dessert toute la journée le parc. L’entrée est hors de prix. La plupart des touristes chinois viennent du Guangdong, de Shanghai ou de Pékin. Seuls les touristes étrangers, tous equipés du « Lonely Planet », logent dans le parc, chez l’habitant - Tibétains ; record de crasse et d’inconfort, mais l’expérience vaut le détour. J’y ai passé deux nuits. Pas une goutte d’eau dans le village. Rinçage des bols et baguettes à l’eau de pluie, chasses d’eau improvisées… Elles sont loin, les douches européennes de 20 minutes… Dans les villes chinoises, les filles lavent leurs longs cheveux dans des bassines, sur le trottoir : la douche a une valeur que l’on sous-estime, dans nos villes à nous ! -, ce qui soit-disant est interdit ; on évite ainsi de repayer l’entrée, et de se ruiner dans les hôtels bétonnés alignés à la lisière du parc.

Impressionnant contraste entre les Chinois des grandes villes de la côte et le monde rural (majoritaire), où l’on travaille à la charrue à bœufs, paniers d’osier sur le dos, tandis que les grains de maïs et les piments sèchent sur les trottoirs… Entre les deux, tous les commerçants, employés, etc., des villes moyennes. Sans compter les étudiants lettrés, une population à part, là encore.

…et les tribulations des Barbares en Chine

Au Yunnan, j’ai pu faire enfin une vraie randonnée, magnifique, une gorge profonde, des roches et des arbres dignes des gravures chinoises. Et vivre les seuls trois jours, en un mois, de silence et de moments isolés. Apres trois jours, on prend l’habitude de se lever chaque matin et de renfiler ses chaussures pour prendre la route, et l’on se dit que l’on pourrait continuer à l’infini… (comme cet Anglais qui avait gravé sur un banc l’inscription de son passage, en route qu’il était, à pieds, autour du monde depuis quinze ans !).

Le deuxième jour, encore une fabuleuse surprise “à la chinoise” ; incroyable ce à quoi le fait de ne pas parler chinois peut vous mener… En temps normal, cela se limite à une mauvaise connexion en train, un minibus bondé au lieu du royal confort promis, du Lipton Yellow au lieu du fabuleux thé du Yunnan, une spécialité culinaire totalement inattendue dans l’assiette… Là, après une descente abrupte en plein soleil pour atteindre le fond de la gorge, et un bol de nouilles pour s’en remettre, nous demandons quel serait le chemin le plus sûr pour remonter et atteindre le refuge. La jeune femme nous sort un petit carnet sur lequel est écrit, en anglais, “dear tourist, (…) si vous voulez emprunter le chemin de droite - soit disant plus sûr, du moins avons nous cru comprendre - merci de demander notre aide, et de payer 5 yuans”. Il y aurait en effet une échelle à emprunter. Comme à chaque passage de pont ou de chemin nouveau, nous nous acquittons des 5 yuans. Et ne tardons pas à réaliser ce que les Chinois sont prêts à faire faire aux touristes pour 5 malheureux yuans… Ce n’est pas une échelle, mais cinq, à chaque fois plus longues, verticales (voire inclinées en arrière) le long de la falaise, ou plutôt à un mètre ou deux de la falaise, autrement dit dans le vide. Une fois engagé, on n’a plus qu’à se concentrer sur le grondement de la rivière, en bas, pour ne pas écouter son cœur en délire, et à manger du sucre pour penser à autre chose… Production de plusieurs litres d’adrénaline en un temps record.

Jamais eu aussi peur je crois. Mais comme à chaque galère, quelque chose de lumineux après. En l’occurence, un fou rire incontrôlable, assis dans la poussière sur le chemin à pic au-dessus du vide et des échelles maudites…

Tentative de recensement des moyens de locomotion en Chine

Je pourrais continuer à l’infini. Pour résumer géographiquement (enfin la géographie chinoise est-elle devenue concrète et passionnante, sortie des manuels et des cours de fac !), j’ai rejoint, depuis Tianjin, Beijing, ou j’ai passé grâce à Muriel et Bertrand une semaine fabuleuse (Merci à vous de vos bons tuyaux ; les baguettes ont été d’une grande utilité, et sûrement grâce à elles j’ai gardé une santé de choc !).

Train jusqu’a Xi’an (la fameuse armée de soldats en terre). 26h de voyage jusqu’à Nanping, dans le Nord du Sichuan (sommet de l’exotisme : on me dévisageait avec de grands yeux et une curiosité record), pour rejoindre le parc de Jiuzhaigou. Puis pause (et douche publique, jamais tant appréciée) à Songpan, dans un paysage encore nouveau, montagnes cultivées en terrasses, chevaux, entre autres moyens de locomotion (le recensement des moyens de locomotion en Chine est peut-être aussi impossible à réaliser que celui de la population… jamais vu une telle créativité dans la façon de se déplacer et de transporter les choses et les personnes !).

Chengdu, ensuite, ville réputée pour son art de vivre (ses maisons de thé où l’on discute, joue, se fait masser ou nettoyer les oreilles - avec une grande pince rouillée : comme la pastèque dans la rue, peut-être à inscrire sur la liste des choses à éviter…), sa cuisine (hyper épicée : le meilleur remède contre le rhume et la pollution) et ses jolies filles, dit-on.

De là, j’ai fait un aller-retour une journée pour aller voir le plus grand Bouddha du monde, à Leishan (que j’ai failli rater : attendu quatre heures le bateau pour lequel on m’avait vendu un billet, bateau fantôme…).

Puis, 24 heures jusqu’à Lijiang, dans le Nord du Yunnan : et là, repos, flâneries, vélo, randonnée… De Lijiang, trajet bakpacker classique : Dali, puis Kunming, où je passe aujourd’hui mon dernier jour, avant de prendre ce soir un bus pour la frontière vietnamienne.


On pense au bord des rivières chinoises, on ne s’y baigne pas nécessairement…

Tout cela en pleine forme (croisons les doigts !), sauf un bon rhume (comment slalomer entre les crachats ?…), grâce à des mesures de précaution quand même. Après quelques visites dans les marchés ou même le long des trottoirs ou dans les arrière-cours des campagnes, on a vite fait de se tourner vers le végétarisme… Avoir ses propres baguettes n’est pas superflu non plus. Son sac à viande propre, aussi… Vive les lingettes auto-nettoyantes, le savon est une denrée rare dont l’odeur peut parfois devenir un rêve absolu, au cours d’une journée ! Le couteau suisse pour peler les fruits. Et l’alliée numéro un, en Chine : l’eau bouillie, partout disponible, dans les trains, les hôtels, les lieux publics même, souvent. Partout ces grands thermos fleuris, dont je vais m’empresser de faire l’acquisition à Chinatown-Paris en rentrant, je crois !

La cuisine chinoise est d’une variété incroyable, et sublime. Je ne pense pas que je pourrai jamais retourner dans un restaurant chinois en France après ça… Inutile de parler d’un nem à un Chinois, il croira que vous lui parlez chinois… Je devrais les trouver au Vietnam, je crois, par contre.

En conclusion : la Chine n’est pas Gong Li en robe de soie fuselée gravissant les marches à Cannes, ni le vieux sage barbu assis au bord du fleuve, ni la porcelaine Ming délicate et fragile… Moins délicat, mais très attachant néanmoins !

Je vous envoie plein de sourires chinois (on en croise beaucoup par ici !), et le mien, jusqu’aux oreilles, et vous embrasse,

Pauline

Posted by Pauline at 17:01:50 | Permalink | No Comments »

Vietnam

Subject: Vietnam charm
Sent: lundi 3 novembre 2003 14:32:30

Hello hello !quelques nouvelles, après ces quelques jours au Vietnam où ça y est, je plonge corps et âme, complètement transportée par le charme d’Hanoi. Je vais avoir du mal à en partir ! Demain je m’éclipse trois jours dans la baie d’Halong, un petit tour que font tous les touristes mais qui, je crois, n’est pas mal du tout : une nuit sur un bateau, l’autre sur une île à l’hôtel ; randonnée dans la forêt et les villages, canoë-kayak, baignade… J’ai trouvé tout à l’heure au fond de mon sac mon paréo (celui de Goa…) que j’avais presque oublié, bien roulé en boule quelque part dans une poche. Ca va faire du bien de voir la mer !

Vendredi, nouvelle journée à Hanoi - chaque jour ici est un enchantement, je ne m’en lasse pas ; cinq jours déjà, je crois, à flâner, fouiller des yeux, c’est comme si cette ville avait plusieurs épaisseurs, il faut repasser plusieurs fois… -, et le week-end je repars pour deux jours de randonnnée dans les montagnes, histoire d’avoir une meilleure vision, j’espère, des montagnes du Nord que celle que j’ai eue les deux premiers jours à Sapa, où il n’y avait, littéralement… pas de vision ! Une brume à couper au couteau. Un peu décevant après la super randonnée faite au Yunnan.

Mais surtout, je crois que, comme les premiers jours en Chine, il va me falloir à chaque fois quelques jours d’acclimatation. C’est tellement étrange de se construire des repères, de commencer à naviguer avec aisance quelquepart, puis de tout recommencer, surpris car on a toujours tendance à supposer que deux pays séparés par une frontière de 20 mètres de large devraient tout avoir en commun…

Art de vivre indochinois

En tout cas, troisième pays d’Asie, troisième découverte. C’est passionnant, même si je ne parle pas les langues, même si j’effleure les cultures, je commence à avoir des éléments de comparaison, à comprendre certaines choses par déduction et comparaison avec les précédentes découvertes.

J’ai eu un choc au musée des Beaux-Arts de Hanoi. Quel bonheur de retrouver ici l’esthétique, le raffinement ! tout en gardant le charme du bazar asiatique…

Que ce me semble propre ! trop propre, même, et trop facile. Il y a des touristes partout, et pas seulement des backpackers : également des gens en vacances, qui visitent, consomment, blindent leurs sacs de souvenirs et se parfument pour aller dîner le soir… Très bizarre, après la Chine.

En tant que Français on est accueilli à bras ouverts, on a l’impression d’arriver chez des cousins. Et tous ces cafés (ou ca phe) partout, sur un coin de trottoir, dans une échoppe, ou sur une terrasse avec des tables en fer forgé…

Ouh là là, je suis mordue par Hanoi !

Un peu comme par Barcelone : des plantes vertes qui sortent partout, du fer forgé, le jaune des murs, l’architecture (Art Déco de rigueur…)… Mais plus lent, moins agressif, cela doit venir de la langue aussi.

Et pour me rien gâcher, le pouvoir d’achat grimpe encore un peu. Je dors (comme un bébé) dans un dortoir pour 1 US$ par nuit. On peut boire à un café sans se ruiner. La cuisine est un peu décevante après la Chine, par contre (surtout quand on évite les fruits de mer). Je continue à vivre dans la rue, au marché le matin qui regorge de petits stands, en vadrouille la journée, démarche lente, locale (il fait chaud…)…

Je pense bien à vous. J’espère retrouver cette atmosphère à Pnom Pehn (orthographe douteuse ?…) ?…

Je vous embrasse fort,

Pauline

24/11/2003 16:05 Objet : Good morning (Vietnam)

Ho Chi Minh City (Saigon), 35 degrés moites et un brouhaha qui ronronne déjà à 5h du matin, quand les Vietnamiens se mettent en branle (je les rejoins vers 6h, généralement… A 8h, il faut déjà sortir la crème solaire ; à 9h, le premier coca se fait urgent).

Ca n’empêche qu’on aperçoit ça et là des panneaux “Merry Christmas 2003″ et “Happy New Year” avec des pères Noël et des guirlandes de sapin. Finalement, les decorums festifs chrétien et boudhiste se fondent assez bien : la guirlande électrique, le papier d’argent et les bougies rouges se retrouvent à égalité. 

Au bout d’une nuit d’encre de Chine

La transition avec la Chine a été boueuse. Je ne pouvais quitter le pays sans avoir testé un moyen de transport encore evité - mais je me demande parfois si quelqu’un a déjà essayé de recenser les moyens de transport en Chine : impressionnants de créativité en la matière, les Chinois se déplacent sur tout et n’importe quoi - : le bus-couchette. Un nom séduisant, pour un concept peut-être séduisant par temps sec (et encore…), en tout cas assez reluisant de boue par la pluie qu’il faisait à Kunming ce jour là. J’ai finalement réussi à passer avec mon sac à dos entre deux des trois rangées de lits, à déloger le type déjà avachi avec ses chaussures sur celui qui m’était attribué, à encastrer les sacs entre les cartons, sacs plastique, chien (pendant les trois premières heures du voyage j’ai cru que c’était un poulet, au bruit. Après j’ai commencé à émettre des hypothèses sur la capacité de continence du chien, coincé sous une banquette pendant 15 heures, et à calculer la pente qui le séparait de mon pauvre sac à dos heureusement déjà protégé d’une bonne couche de boue huileuse).

On s’est mis en route vers Lao Cai, à la frontière du Vietnam ; j’ai demandé à mon voisin de gauche de bien vouloir cracher ses bouts de cure-dents dans l’autre couloir ; il faut dire que j’avais besoin de ce couloir-ci pour loger tantôt mes fesses, tantôt mes pieds, les 150 cm du lit (pour 35 de large) ne permettant pas de tout rentrer. Le côté carcéral du bus - des barres de fer dans tous les sens, horizontal et vertical - s’est avéré très pratique, pour tenter de rester chacun à peu près accroché à son lit (pas comme les sacs et cartons qui, eux, voyageaient déjà sur la couche de mégots du sol).

A 6h, on m’a larguée à la ville frontière, nuit noire, pluie incessante, charmant port de pêche ou brillait la lumière d’un bar déjà ouvert, où j’ai rencontré un Américain éleveur de bambous avec qui on a commencé à faire le parcours du passe-frontière : trouver la bonne banque pour changer les billets - et récupérer un matelas de Vietnam Dongs, 1 US$ valant 15 000 dongs, on se retrouve millionnaire, et la silhouette “ceinture à billets” devient de plus en plus sexy -, passer les contrôles du SRAS (prise de température), de la douane, etc. Après on se retrouve bête, à traverser à pieds un pont de 50 mètres de long, avec l’impression de flotter dans la brume.

50 mètres plus loin ce n’est pourtant plus pareil. Les gens se ressemblent, même s’ils ont beaucoup plus de chapeaux coniques (on en voyait déjà un peu au Yunnan), mais ils parlent mieux anglais. Il y a des mini-baguettes de pain partout ! Les maisons ont des façades, colorées et à balustrades. Ce n’est qu’une façade, les côtés de la maison sont laissés brut de décoffrage, mais déjà on sent la recherche esthétique. Tant de couleurs d’un coup, malgré la pluie aussi glauque que de l’autre côté de la rivière, on se croirait rentré à Disneyworld, ça ne peut qu’être plus relax, ce pays… 


Rizières dans la brume

J’ai commencé par trois jours dans les montagnes à Sapa, à deux pas de la frontière, où vivent des minorités ethniques aux costumes folkloriques, les Hmongs Noirs notamment, qui font pousser le chanvre (pour fabriquer le tissus…) et l’indigo (pour le teindre !), et ont, pour les femmes, les mains bleues à force de travailler ce matériau (les touristes, eux, ont des sacs à dos bleus, à force de l’acheter et de l’empiler avec leur linge dans l’atmosphère saturé d’humidité de Sapa…).

La brume s’écartait une heure parfois le matin pour laisser voir les rizières partout sur les flancs des montagnes, mais globalement mon hôtel avec terrasse panoramique n’a pas été d’une grande utilité. Sinon de m’offrir pour la première fois depuis plusieurs semaines une chambre propre, et pour moi seule, avec des moustiquaires en dentelle (pas de moustiques, mais le charme des lits à baldaquins !). Il m’a fallu trois jours pour admettre que, oui, on pouvait être propre ; tout me paraissait reluisant, et aujourd’hui encore, je suis surprise à chaque fois que j’entends un touriste se plaindre de la saleté ou de l’inconfort dans un bus…

Train de nuit jusqu’à Hanoi. Là j’ai commencé à réaliser que quelque chose différait d’avant : pas besoin de concentrer le quart de ses neurones ni de son énergie, juste suivre le flot des touristes, de l’hôtel, au bus, du bus, à la gare, de là, au wagon. Même pas besoin de s’y prendre trois heures trente à l’avance ; on peut siroter une bière jusqu’au quart d’heure précédent le train.Grosse déception avec le train : ennuyeux à mourir, où sont les discussions hurlantes des Chinois, les graines de tournesol écrasées partout, les thermos d’eau chaude, les vendeurs de petits plats ?… 

Hanoi : sous les pavés, la rage ; sur les trottoirs, les sages…

À Hanoi, j’étais enfin sortie de ma torpeur des deux premiers jours - passés à “atterrir”, trouver à échanger mon guide de la Chine contre un du Vietnam, comprendre comment calculer avec des zéros pour payer, observer, naviguer dans la boue -, et le charme de cette ville n’a pas tardé à opérer. Les Vietnamiens ont la culture du café (ca phe), on peut s’asseoir partout, boire un verre. Ils le boivent glacé - la glace est livrée par pains énormes, sur le porte-bagages d’une moto où à même les planches d’une charrette à vélo ; pas tellement de voitures au Vietnam, pas tant de frigidaires que ça non plus (trouver un coca frais sans glace pilée relève parfois du parcours du combattant), pas de micro-ondes… Des télés, par contre, jusque dans les maisons flottantes des pêcheurs de la baie d’Halong… -, accompagné d’un thé très léger pour diluer. Le thé vietnamien est surprenant, infâme il faut bien le dire, surtout après la Chine et ses mille saveurs - mais je suis encore en train d’en siroter un à l’heure où je vous écris, ça n’empêche… -, très pale d’aspect, mais il vous décharge une dose de caféine ressentie jusque dans les doigts certains jours.

Arrivée à 4h30 du matin dans Hanoi, j’ai eu la chance de voir les rues encore à l’état calme. Une heure plus tard, c’est parti, il faut un véritable apprentissage pour traverser la rue, on voit les touristes désemparés, se voyant déjà condamnés à ne voir Hanoi que du côté gauche du trottoir. Il s’agit d’avancer au beau milieu du trafic, sans s’arrêter mais à deux à l’heure ; si l’on s’arrête, on surprend le conducteur et c’est là qu’on se prend une moto. Car l’autre grande caractéristique, c’est qu’il n’y a que des motos (plus quelques vélos, mais tout Vietnamien qui se respecte ne rêve que du jour où il va passer au statut supérieur de motocycliste ; et quelques voitures, mais surtout des taxis, et plus à Saigon qu’à Hanoi m’a-t-il semblé).

En tout cas, après un mois de cet exercice, on adopte une démarche nouvelle, la lenteur dans la mobilité, adaptée au trafic aussi bien qu’à la chaleur.

Je remarque différents usages du trottoir et de la chaussée, d’un pays à l’autre, après la Chine et le Japon, et ici à présent : au Japon, on partage le trottoir avec les vélos ; en Chine, les vélos ont leur piste, le trottoir sert à tout le reste, se laver les dents ou faire pipi, même, s’il le faut ; au Vietnam on est obligé de marcher dans la rue, le trottoir sert à garer les motos, à cuisiner et à s’asseoir pour manger… 

La ferveur retrouvée

A Hanoi j’ai commencé à prendre mes repères, restée une semaine, dans un dortoir à… 1 US$ ! J’ai parcouru et reparcouru les rues du centre, spécialisées l’une dans les perles, l’autre dans le fer blanc, la troisième dans les papiers religieux (faux billets de banque, boîtes à bijoux en papier, faux téléphones portables, même, destinés à être brûlés au temple ou sur l’autel familial. Après la coupure de la Chine, j’ai retrouvé, au Vietnam, quelque chose de la ferveur du Japon : partout, chez les gens, dans les magasins de vêtements, les restaurants, sur les troncs d’arbres… des mini-autels ; une fente dans le trottoir, une vieille cannette de soda, une planche de bois, tout est prétexte à glisser un ou deux bâtons d’encens.), et tant d’autres rues aux artisanats les plus spécifiques. 

Repos du guerrier

Coupure de trois jours pour aller voir la baie d’Halong, incontournable mais à bon droit : incroyable formation naturelle, et dormir sur le pont du bateau au milieu de ces pitons de jungle et du silence autour n’en était que plus fort. Tout autant que la randonnée du lendemain matin, guidés par un ancien soldat ayant combattu contre les GI’s (aucun Américain dans le groupe parmi nous, mais il nous a promis, le cas échéant, qu’il ne l’aurait pas semé dans la jungle ; tout cela est passé, et j’ajouterais même, l’Américain incarne solidement aujourd’hui le père du Roi Dollar, brûlé en facsimilé dans les temples, mais adulé dans la rue…). Le parcours relevait plus de l’escalade que de la randonnée, on peinait comme des bœufs, de liane en pierre bancale, tandis que lui gambadait en chaussures de toiles, taillant la route à la machette. Et donc je me suis dit que je n’aurais jamais pu être soldat. Ma montre était embuée par l’humidité autant que la dernière fois, à Kyoto, après trois heures de pluie battante sans parapluie. Mais ici c’est sous un soleil de plomb qu’on avançait…

Trois jours coincée avec un groupe, cependant, a ôté une certaine part de charme à l’expédition, et j’ai commencé à comprendre que voir le Vietnam, et non “les touristes au Vietnam”, allait être une sacrée paire de manches, un challenge pour les trois semaines à venir, même. 

Triste touriste, joyeux tropiques

Je n’ai commencé à relever le challenge que quinze jours plus tard, en fait, ayant atteint le fond de ma tolérance à ce système discriminatoire permanent, à Hoi An, Mecque du tourisme au centre du Vietnam. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un moyen de quitter la spirale de la déception permanente : après la Chine et le Japon, une semaine de vacances font du bien, mais un mois comme ça à se traîner, facilement, avec le flot mono-orienté (du Nord au Sud ou du Sud au Nord : en tout cas on se suit les uns les autres, et on passe son temps à retrouver les gens qu’on avait aperçus la semaine d’avant), en se heurtant, à chaque tentative d’entrer en contact avec les Vietnamiens, à quelque intérêt commercial (quelqu’un vient vous parler, très ouvert, curieux, prêt à vous répondre sur deux ou trois questions concernant son pays ; et il ne faut pas trois minutes pour qu’il enchaîne subitement sur un “you come see my shop” ou “you buy something for me“…). Du coup les quelques rencontres authentiquement sincères prennent une saveur incomparable ! Mais parallèlement, on devient méfiant, on se fait violence pour admettre le caractère gratuit d’un tel contact.

L’argent pourrit tout, aussi bien les relations Vietnamiens/touristes, que les conversations des touristes entre eux : “…so cheap !” et “dollar” sont probablement les trois mots les plus répandus sur le fil qui va du Nord au Sud du pays, le long des bus “open ticket” (ticket de bus “so cheap” qui permet aux backpackers d’économiser de quoi siffler quelques litres de bière ou de se payer quelques banana pancakes de plus ; bus spécial touristes, de même qu’il y a les bars spécial touristes, les restaurants spécial touristes, où le moindre verre de bière coûte 1/20ème du salaire mensuel d’un Vietnamien, etc.).

On n’est plus seulement assimilé à un Occidental (comme en Chine ou au Japon ; et après tout, c’est de bonne guerre : on est bien, en effet, des Occidentaux, et les Asiatiques ont autant de mal à nous distinguer physiquement les uns des autres, que nous à les différencier entre eux), mais également à un mangeur de fried eggs et de banana pancakes. Ce dernier semble bien s’assimiler à l’ultime signe de reconnaissance, l’appât 100% efficace du touriste, on le voit vanté en réclame sur toutes les devantures des endroits à touristes.

Je pourrais épiloguer comme ça longtemps sur le tourisme, en fait un voyage au Vietnam en apprend autant là-dessus que sur la culture vietnamienne probablement. C’est intéressant aussi après tout. Je voudrais lire Plateforme de Michel Houellbecq, maintenant que j’ai atteint Saigon et que je découvre, par-dessus le banana pancake, une bonne couche de prostitution et de gros types rougeauds traînant avec eux de jeunes Vietnamiennes salies aux yeux des leurs du moment même qu’elles s’affichent avec un Occidental. 

Jacques a dit : prends ton vélo sous la pluie

Arrivée à une phase d’interrogations tracassantes, tentée même de filer au Laos voisin ou d’accélerer vers le Cambodge, je me suis dit que non, il ne fallait pas baisser pavillon si vite, et que pouvait s’inventer une solution différente.

J’ai donc décidé, et de ne plus jamais reprendre de tour organisé, et de changer de méthode par rapport au “harcèlement” commercial permanent : non plus l’éternel “no, thank you“, coupable et désolé, mais le jeu, par exemple, qui consiste à trouver une réponse différente à chaque fois pour les 2 à 300 sollicitations de la journée, sollicitations du type “Madame, motorbike !“, “Where are you from ?“, “How old are you ?“, “Where are you going ?“, “Can I help you ?“, “You buy postcard for me“, “You have euro coins ?“, “What’s your name ?“, etc. Les Vietnamiens ne sont pas dupes, et ils ont l’air d’apprécier les réponses qui les surprennent un peu. Je ne comprends rien à leur langue, mais ils paraissent avoir de l’humour et aiment rire ; ceux qui parlent anglais ou français, y compris les guides touristiques, ont toujours un mot pour rire.

J’ai aussi opté de faire avec le climat, le milieu du pays étant noyé sous ce qui semblait bien se confirmer comme étant la saison des pluies… Après tout, n’avais-je pas toujours rêvé de tester la marche en tongs dans la boue jusqu’aux chevilles ?… Et puis si les Vietnamiens vivent six mois par an là-dessous, il doit y avoir un moyen de survivre. Le moyen en question apparaît, en fin de compte, sous la forme du poncho, et un tour en vélo jusqu’à la plage, à 5km, sous un typhon, est sûrement un souvenir plus marquant que deux jours de parties de cartes sous la bâche inondée d’un bar ! (j’ai quand même appris deux nouveaux jeux, un australien, le “shithead“, et un suisse, le “yas“, plus sophistiqué mais moins drôle…) 

Photocopillage sans limitation

La cuisine vietnamienne n’a pas la diversité de la chinoise, et je me prends à rêver parfois des currys thaïlandais ou indiens qui m’attendent, à défaut du poivre noir du Sichuan laissé en arrière… Mais ils ont une attraction qui me séduit assez, les restaurants végétariens, qui imitent à la perfection la viande, le poisson ou la charcuterie… avec du tofu et des champignons !

Le Vietnam est un pays maître dans l’art de la contrefaçon : non seulement les vêtements, sacs, chaussures (à Hoi An, par exemple, on peut se faire faire l’intégrale de La Redoute ou de Next pour quelques dollars), mais aussi les faux téléphones à brûler au temple, l’effigie du guide du routard, placardée partout - tantôt moustachu, tantôt barbu, blond, brun, ventru ou longiligne, mais c’est bien lui -, le nom de son concurrent voisin (pour un restaurant ou une agence de voyage, par exemple : cela donne des villes où toutes les agences portent le même nom… tout en restant de farouches concurrentes), les livres et guides touristiques photocopiés que l’on vous vend partout dans la rue ou les magasins, la viande et le poisson pour finir. Il est d’ailleurs significatif que les commerces de “photocopy” fleurissent partout et semblent prospérer confortablement… 

L’Asie est un dragon au pied d’argile

Aujourd’hui, je suis à deux jours de quitter le Vietnam, nostalgique déjà et savourant les derniers moments où l’on est, enfin, plus à l’aise, sachant un peu mieux à quoi s’attendre ou vers quoi tendre, goûtant le plaisir de négocier sans stress et avec le sourire.

Justement, le Vietnam m’a apporté le sourire, et un rythme nettement ralenti…

Je vais sûrement retrouver au Cambodge les deux tiers des touristes présents ici, et n’ayant pas très envie de faire quatre mois de circuit “backpacker on a shoe string around South-East Asia“, je crois que je vais renoncer au Laos et à la Birmanie pour cette fois-ci, et m’envoler, après la Thaïlande, pour l’Inde, histoire d’avoir eu un apercu du boomerang qui relie le Japon à l’Inde…Boomerang, ou dragon, car la légende dit, à Hoi An, que le pont japonais aurait été construit sur le talon d’Achille d’un dragon imaginaire reliant ces deux empires, et c’est pour se faire pardonner de la bête ainsi clouée au sol, qu’on lui aurait édifié un petit temple au sommet du pont… 

De la ville à la jungle

Pour un bref résumé géographique, après Hanoi je suis descendue à Hue, l’ancienne capitale, puis à Hoi An, très joli port de pêche noyé sous la pluie et les touristes, mais néanmoins ravissant, puis deux jours de plage et de vélo à Nha Trang.

En montagne, ensuite, à Dalat, où les choses ont commencé à prendre un tour nettement plus agréable et intéressant (VTT, visite d’une maison complètement farfelue, mi-Gaudi, mi-lianes des temples d’Angkor…), sortie du circuit rebattu pour rejoindre le parc naturel de Cat Tiem, une expédition en soi (et enfin un parfum de galère, retrouvé des deux mois précédents !) et la découverte de la forêt tropicale, nuits crissantes et coassantes, la porte ouverte sur l’épaisseur de la jungle, et morsure de sangsue à l’appui…

Saigon, enfin, où je me suis payé une chambre individuelle (!), chez l’habitant, et où je me promène tranquillement, à pieds, en moto ou en cyclo - ou cyclo-pousse, auquel j’ai eu un peu de mal à me mettre, un peu éhontée d’abord de me faire traîner en pleine chaleur par les coups de pédales déterminés de sexagénaires peu remplumés ; un peu moins en dépassant, sur ces cyclos, d’autres touristes plus volumineux, voire poussifs et avachis ; et de moins en moins finalement, en comprenant, face à leurs offres répétées au coin des rues, que les cyclo drivers ont désespérement besoin de travailler. Encore l’un de ces continuels arrangements avec la culpabilité, la star de notre Occident judéo-chrétien, mise au grand jour dans ce contexte asiatique et dans ce flagrant décalage financier… 

Au Vietnam, l’art se cultive en terrasse

Je suis aussi allée au musée des Beaux-Arts, espérant retrouver le choc éprouvé à Hanoi, à la découverte notamment des peintures à la lacque. L’une des saveurs fortes du Vietnam, après la Chine, c’est l’esthétique préservée. On y prête même une grande attention. On soigne ainsi les apparences : les gens sont élégants, même en pyjama (certains sont en pyjama, et bien leur en fait, c’est sans doute le vêtement le plus agréable à porter par cette chaleur…). Les maisons ont des façades, de style “néo-colonial”, à balustrades, même si à l’intérieur on dort par terre à côté de sa moto entre ses cartons de marchandise, tandis que les étages sont loués aux touristes de passage…

Les artistes fleurissent partout, il y a un courant d’art contemporain assez actif, des galeries partout, outre les musées nationaux. J’ai croisé des étudiants dans un café qui chantaient, accompagnés d’une guitare ; une autre fois, on m’interrogeait, pour un sondage universitaire, sur la mode et son importance à mes yeux ; un autre jour, le patron d’un café me montrait des reproductions des travaux de tous ses amis peintres, et déchirait pour moi la page d’un ouvrage, une vision rouge feu de la cathédrâle d’Hanoi, en souvenir…

Après cette transition citadine et « civilisée », je me dirige vers le raffinement, dit-on, du Cambodge et des temples d’Angkor… Les gens se protègeraient moins du soleil là-bas (les Vietnamiennes se voilent la face et portent des gants : un coup de soleil, et c’est le risque, peu apprécié, d’être prise pour une Cambodgienne ; autant perdre la face mille fois que d’essuyer un tel affront !…), et des touristes par la même occasion, moins parqués dans des circuits fermés. A voir.

Je vous envoie en tout cas plein de soleil et de sourires vietnamiens !

A bientôt,

   Pauline

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Cambodge

29/12/2003 07:48 Objet : Sawadi’ka !

Je ne sais pas dire « Joyeux Noël » en thai - ici ça se dit “Merry Christmas“, les Thai soignent leurs touristes et nous mettent partout des sapins décorés et des guirlandes dorées. On partagera plus avec eux, par contre, le Nouvel An, qu’ils n’hésitent pas à célébrer trois fois : international, le 1er janvier ; chinois, en février ; thai (la fête de l’eau, où l’on s’asperge dans la rue), en avril.

J’espère en tout cas que vous êtes tous en train de passer de bons moments, et de terminer cette année internationale agréablement.

Je suis en Thaïlande depuis une dizaine de jours, j’ai retrouvé Daniele à Bangkok le 21 décembre, avec bonheur !

Le Cambodge a été un véritable shaker… Au sens propre et au figuré. Mon dos n’en est pas sorti indemne, mais pas non plus ma sensibilité. J’ai pu voir comment on peut tout détruire en cinq ans, et combien il est long et laborieux de réparer les blessures et de repartir à neuf.

Mes premières impressions, après le passage de la frontière vietnamienne, en bus depuis Saigon - un nouveau grand moment : cette fois-ci, la frontière était un no man’s land écrasé de soleil, avec des groupes de gens agglutinés dans une succession de petits bureaux “hole in the wall” (ça dit bien ce que ça veut dire), des groupes de bagages amassés ça et là, des Vietnamiens saisissant bien à propos leur chance de nous vendre des riel (la monnaie cambodgienne), du coca ou le port de nos bagages, et une sensation d’écrasement au sol et de champ de bataille déserté, tandis que nous marchions vers la porte khmère du Cambodge - ont été de basculer de l’autre côté d’une barrière, vers un environnement complètement différent.   

Slalom géant au Cambodge

Les chapeaux coniques, que j’avais vu apparaître par dizaines sitôt entrée au Vietnam, on disparu aussitôt, de la même façon. Remplacés par le krama, l’écharpe à carreaux dont les Cambodgiens ne se séparent jamais, elle protège du soleil, de la poussière, elle sert à porter un enfant, à emballer un objet, à décorer la taille ou le cou…

La route a changé d’aspect, aussi. Le sport national est le slalom, on arrive à faire 600km sur une route longue de 300, en zigzaguant patiemment entre les trous (à la recherche d’un résidu de macadam, mais la plupart du temps, dans l’idée d’éviter de laisser le dernier résidu d’amortisseur dans une ornière ; également pour éviter les veaux, vaches, cochons flânant ça et là). Le volant des voitures est tantôt à droite (les moins chères, paraît-il), tantôt à gauche - ce qui en dit long sur le côté réglementaire de la conduite… On évalue les distances, non plus seulement en nombre d’heures, mais en ratio trous/piste. Et le concept 4X4 du véhicule cambodgien est le suivant : 4 personnes pour 2 sièges. L’air est conditionné (fenêtres ouvertes) à la terracotta - j’ai dû d’ailleurs, ça y est, dire adieu à mes deux t-shirts, pas encore tout à fait élimés, mais cernés d’une coloration tye and die à la terracotta, irratrapable…

La route au Cambodge est un spectacle, comme partout ailleurs certes, mais plus encore peut-être parce qu’elle défile lentement, très lentement, et que c’est au bord des routes que sont alignées les maisons ; derrière ce sont des champs de riz à perte de vue, éclatants de vert, semés de temps en temps de cocotiers isolés, et de quelques bananiers.

Les maisons n’ont plus rien des maisons à balustrades “à la française” du Vietnam. Dans les villes, on trouve encore cette architecture, et beaucoup aussi de style Art Déco, des bâtiments jaunes percés de petites ouvertures carrées : à Phnom Penh notamment, le marché central, la gare, plusieurs écoles… Les maisons rurales sont en bois, sur pilotis (pour s’isoler à la saison des pluies, et pour faire la sieste à l’ombre le reste du temps, sur un hamac ou sur un lit de bois, qui ressemble à une table et sur lequel on peut aussi s’asseoir pour discuter, trier des légumes, s’épouiller, etc.), nombre d’entre elles sont des cabanes, piliers de bambous et toits de palme ou de paille de riz.

Sur les cocotiers on installe une espèce de liane, dont les grosses épines saillantes servent de marches pour atteindre les fruits agglomérés en haut. Partout, en ville, à la campagne, on trouve des monticules de ces noix encore vertes, qu’on ouvre d’un coup de machette et qu’on boit à l’aide d’une paille. Sous d’autres abris sur pilotis, les gens se rassemblent pour discuter. Dans les marres de boue, les enfants pataugent, avec les poulets, les cochons.

Sur les motos, on ne trimballe plus seulement des hordes de volailles pendues par les pattes (vivantes… j’en ai la chair de poule pour elles…), mais d’énormes cochons, dans des paniers allongés ou simplement pieds et poings liés, renversés sur le dos en travers du porte bagage. Des petits stands vendent de jolies bouteilles de coca-cola, de whisky, vertes, oranges, rouges, jaunes : l’essence pour les motos, qui ne sont pas aussi nombreuses qu’au Vietnam (adieu le “tut-tut !” incessant des villes vietnamiennes…), mais qui restent quand même le moyen de transport privilégié, avec le pick-up truck et le minibus pour les transports en commun.

Surprise par rapport au Vietnam, par contre : on voit, à Phnom Penh, un certain nombre de grosses voitures ; comme en Chine, le modèle 4X4 avec vitres teintées si possible. Il y a en fait une importante communauté chinoise au Cambodge, beaucoup de commerces sont signalés en caractères chinois d’ailleurs, et l’on trouve un paquet de restaurants chinois, de petites banderolles rouges pendues sur les murs des maisons, de brioches à la vapeur dans des casseroles à étages…  

Le gâteau cambodgien taillé en miettes

Les Chinois, les Malais, les Thai et les Vietnamiens font le business au Cambodge. Le tourisme est aujourd’hui la première source de revenus du pays, et principalement par l’attraction des temples de Siam Reap (Angkor Wat et ses petits frères). C’est une société vietnamienne qui exploite le parc à Siam Reap… Le Cambodge bénéficie indirectement de tout ça par le biais des guesthouses, restaurants, services alimentés par le flot de touristes. Mais c’est encore une chose qui m’a attristée.

En passant du Vietnam au Cambodge, on passe de 15 000 dongs, à 4 000 riels pour 1 US$ : monnaie plus forte, niveau de vie supérieur en théorie. La vie est plus chère au Cambodge (pour un touriste en tout cas…), mais la misère saute aux yeux. Ou peut-être pas aux yeux, mais à une sensation générale de tristesse, derrière des sourires pourtant toujours plus nombreux. Pas de karaokés partout, ni de feux d’artifices électriques (adorés des Chinois et des Vietnamiens), on sourit mais on ne semble pas plaisanter bruyamment comme au Vietnam. 

On a autre chose à penser, avant tout : survivre, soi-même et sa famille, et reconstruire le pays, à commencer par la base, les routes, les hôpitaux, les écoles (taux de scolarisation bien faible : on ne voit plus les bandes de gamins en uniformes à tous les coins de rue), le Droit (actuellement c’est le Droit français qu’on enseigne à la fac, et l’on fait venir des professeurs de France), l’art - l’Ecole des Beaux-Arts enseigne la technique de la reproduction du Bouddha-souvenir, ou encore la copie de la même version criarde d’Angkor Wat au coucher du soleil, ou de danseuses (apsara) sur fond violet flashy ; tous les élèves formés actuellement sont destinés à être professeurs, il faut reconstituer les équipes. On pensera à la créativité après. On trouve quand même quelques galeries indépendantes à Phnom Penh, avec des visions plus personnelles de ces apsaras et des temples, emblèmes et fierté, à raison, du pays. -, mais encore le business, l’entrain général. 

C’est cela, en fin de compte, qui m’a semblé manquer le plus. Par où commencer ? Où aller ? Je me suis demandé si les Khmers avaient un leitmotiv comme nous pouvons avoir notre “Liberté, Egalité, Fraternité”, comme les Thai peuvent avoir leur “Notre pays, notre culture et notre religion, notre roi”… Une Australienne que j’ai rencontrée un jour me disait avoir une amie embauchée, depuis l’Australie, pour venir renforcer les équipes du service Communication du gouvernement cambodgien : pour la construction d’un message, et sa diffusion urgente, sans doute, au sein d’un pays noyé dans l’incertitude, on fait également appel à des renforts extérieurs… J’ai rencontré quelqu’un, par ailleurs, à qui un Khmer avait confié l’espérance de ne pas être réincarné en Cambodgien.

Ces anecdotes, pour confirmer mon impression, vague et assez pesante, à terme, d’un certain désespoir. 


The Killing Fields

Peut-être est-ce parce que je suis allée voir dès mon deuxième jour, à Phnom Penh, le musée du génocide, Tuol Sleng, une école transformée en prison et centre de torture par les Khmers Rouges. Parce que j’ai vu, dans la foulée, “The Killing Fields“, ce film tourné dans les années 80 qui retrace la guerre civile. Les rues en terre battue (y compris à Phnom Penh, la capitale) m’ont laissé, suite à ça, un arrière-goût de champ de bataille ; les petites ouvertures des bâtiments Art Déco, de meurtrières. Tout particulièrement les écoles d’où sortent, aujourd’hui, les voix des enfants, et qui ressemblent étrangement au paisible bâtiment de Tuol Sleng. C’est peut-être aussi le calme général, la simplicité avec laquelle sont présentées les choses, cette prison notamment, qui souligne la brutalité des faits.

Tout cela pour dire que jamais je n’ai eu l’impression de passer aussi près d’une guerre et de ses retentissements.

Heureusement, toute une population et toute une culture subsistent de ce passé récent, et pas seulement les temples de Siam Reap, qui ont vraiment été un choc - ce lieu n’a rien du Disneyland auquel je me préparais psychologiquement, ni d’un musée fermé qui ne respirerait plus : c’est un parc, on peut se promener en vélo à travers la forêt et les temples, à la recherche des touristes qui, finalement, se cachent bien derrière tant de piliers, de pans de murs ébréchés, de troncs d’arbres “fromagers” coulants… C’est fascinant par son ampleur, par l’ambiance mystérieuse, par les Khmers qui vivent là et traversent tranquillement le parc en vélo. Et ça fait vibrer la corde romantique de tout Occidental qui se respecte !  


Du Vietnam au Cambodge, changement de véhicule, radicale bascule

Du Vietnam vers le Cambodge, s’opère un glissement dans un tout nouvel univers, du simple fait que l’on tourne le dos au boudhisme du Mahayana (Grand Véhicule), pour aborder le Theravada (Petit Véhicule - ainsi nommé par ceux du Mahayana, pratiqué au contraire au Japon, en Chine, Tibet notamment, au Vietnam, en Mongolie). Beaucoup plus strict, voire superstitieux, dans la pratique quotidienne. On veille à faire chaque jour des offrandes au wat (temple), aux moines vêtus de robes orangé qui quêtent chaque matin leur nourriture, accompagnés d’un petit garçon au sac en bandoulière, qui rentre pour eux dans les restaurants, les cyber cafés, partout où une bonne âme pourrait verser une aumône. Ce sont les femmes et les enfants qui donnent, en général. Soit de l’argent, soit directement de la nourriture, dans la gamelle à étages du moine. Contrairement aux fidèles du Mahayana, ils ne sont pas végétariens.

Les moines sont infiniment respectés. On les voit se promener partout, sous des ombrelles orange, parfois, pour se protéger du soleil, à moto aussi, ou dans les pick ups. Ils vont visiter Angkor Wat comme les autres. Rassemblés dans les wat pour le sommeil, les repas (pris avant midi), l’étude ou la prière, ils n’en vivent pas moins au cœur de la population. Chaque fils d’une famille cambodgienne est tenu de passer au moins six mois de sa vie dans un temple, après quoi il peut choisir d’y rester ou non.

La superstition, c’est par exemple le fait que nombre de blessés par mines meurent faute d’avoir été transportés à temps à l’hôpital… chacuncraignant de voir sa moto ou sa voiture hantée à jamais s’il venait à mourir en route. Dans le parc national de Bokor, dans le Sud, j’ai visité une ancienne station de villégiature française, laissée à l’abandon et aujourd’hui l’un des lieux les plus dérangeants qui soient (sur les murs du palace en ruines, quelqu’un a d’ailleurs gravé, bien à propos, “Redrum“…), mais sûrement l’une des choses dont je me souviendrai. Des familles ont essayé de squatter certains des bâtiments, mais n’y ont pas tenu plus de quelques jours, par peur des fantômes… On voit effectivement les restes des squats, paillasses abandonnées, boîtes de conserves vides, et bâtonnets d’encens pour conjurer le sort… 


Au-delà des douves d’Angkor Wat

Pour finir, car il faut bien s’arrêter, je souhaite à chacun d’aller une fois au Cambodge, les Khmers sont extrêmement accueillants (constat certes des plus banals - quel guide touristique de quel pays ne commencerait-il pas par ce constat optimiste ?… - mais qui mérite d’être répété pour un pays que la guerre fermait il n’y a pas si longtemps, et qu’elle mine encore), et surtout ils ont un pays qui dépasse les douves d’Angkor Wat.

Pour ma part je n’en ai vu qu’un tout petit bout en ces trois semaines, Phnom Penh à l’arrivée, puis Sihanoukville, sur la côte sud, et les plages les plus belles que j’ai jamais vues ; puis, le long de cette même côte, Kampot (fameuse pour son poivre) et le parc national de Bokor (celui de la station abandonnée, accessible aujourd’hui par une piste défoncée dans la forêt), retour à Phnom Penh, puis départ - un peu précipité sans doute : cinq jours de route “tape-cul” d’affilée, erreur stratégique… - vers l’Est, à Kompong Cham.

D’où je suis revenue à Phnom Penh, arrivée ce jour là à un point de saturation maximal (le premier depuis le départ, mais sensation pas très agréable. Suite à ça j’ai passé 24h “hors” du Cambodge, au bord d’une piscine au 4ème étage d’un hôtel international.).

Puis, pour finir, Siam Reap et les temples, avant de passer la frontière thaïlandaise - à Poipet, le trou le plus sombre et désesperant du continent, peut-être. On a construit des casinos à l’entrée du Cambodge, pour attirer les Thai chez qui c’est interdit. Devant ces édifices rutilants, des gamins nus et terreux, plus d’estropiés que jamais, des charrettes gigantesques poussées à main d’homme, des regards où l’on sent plus que jamais la mendicité, la prostitution, la misère -, et de redécouvrir avec un sourire béat l’existence du macadam, des feux tricolores, des bretelles lisses et nettes… première fois depuis le Japon…

Voilà donc pour ces quelques nouvelles, toujours trop longues mais le principal est ce dernier paragraphe : je vous envoie plein de pensées amicales, et de vœux de bonheur et de paix pour cette nouvelle année, internationale, lunaire ou tout simplement personnelle !

   Pauline     


24/12/2003 13:03 Objet : Merry Christmas !

Dear all of you,

Nous sommes le 24 décembre et Chiang Mai, dans la jungle, s’éclaire quand même de quelques sapins lumineux et de jingle bells parfois aussi, dans ce quartier backpacker où nous venons d’arriver et de trouver une guesthouse calme et reposante après Bangkok. Autant vous dire que je suis sur un nuage, tellement heureuse de ces retrouvailles avec Daniele !

Nous avons passé trois jours à Bangkok, dans Chinatown, Kao San Road (cette fameuse rue, complètement hors de la réalité, backpacker’s paradise, jamais vu autant de dreadlocks, de tongs, de tuniques indiennes et de banana pancakes ! Vaut franchement le détour), les canaux de l’ex-Venise de l’Asie…

C’était, pour moi, le grand retour à la grande, grande ville, oubliée finalement depuis le Japon, car même les villes chinoises, toute ultra-peuplées qu’elles soient, ne paraissent pas oppressantes, il y a encore beaucoup de vélos. Bangkok m’a presque fait peur…

Nous avons trouvé les deux dernières places dans le train-couchette hier soir, bondé de touristes en partance pour le Nord, et voici Chiang Mai.

Demain, nous nous sommes inscrits pour un cours de cuisine thai, on va choisir nos menus, aller au marché, cuisiner… et se régaler, hopefully ! C’est drôle de penser qu’on ne savait pas il y a deux jours qu’on serait ici pour Noël, ni ce qu’on ferait exactement… Cette idée nous plait bien. Il y aurait aussi le cours de massage thai qui serait tentant… On a essayé à Bangkok, dans une pharmacie : ici cela fait partie intégrante de la santé des gens !

Je pense beaucoup, beaucoup à vous, et suis en pensée et dans mon cœur à vos côtés, autour du sapin avec vous. Je pense à votre crèche internationale, et je me dis que c’est une super idée ! Je vous envoie toute mon affection, et vous charge d’embrasser aussi Tante Jacqueline et les cousins Fraisse. Je repense à ce Noël chez Jean et Adeline où j’avais été fascinée par les récits de leur neveu voyageur… contributeur lui aussi de ce voyage d’où je vous envoie moulte bonheur, et moulte reconnaissance une fois encore, vous êtes une famille géniale !

Je vous embrasse,

   Pauline

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Thailande - Malaisie

18/01/2004 08:51Objet : Chine ! 

Chers tous,

Un rapide petit mail pour vous dire que je suis bien arrivée à Kunming, et que je me suis immédiatement sentie à l’aise, décidément cet endroit me plait. J’essaie de comprendre pourquoi… La lumière - d’hiver… -, déjà, est bien différente de celle des tropiques ; on est à 2 000 m d’altitude. Les vélos, les faces rougies des gens, l’odeur de charbon un peu partout, celle de graillon sur les vêtements dans le bus, les petits enfants choyés comme des princes, aux joues rouges eux aussi…

La ville est moderne, mais pleine de petites touches de rusticité. En fait je trouve bien plus d’exotisme ici que face aux cocotiers, aux costumes folkloriques, sarongs, architectures baroques et dorées… Un peu comme à New York peut-être. Les gens ont bien l’air d’arriver tout droit des steppes d’Asie Centrale.

Ca va être le Nouvel An chinois, je ne sais pas encore si je le passerai ici, en ville, ou dans la montagne à Dali. Ca y est, hier en parlant avec quelqu’un à l’auberge de jeunesse (j’ai retrouvé la même, rien n’a trop changé, c’est génial de retrouver des choses connues !), j’ai découvert ce que j’allais faire : une semaine ou deux dans un monastère à Dali, à partager la vie simplissime des moines, et à apprendre le tai chi. Je vais commencer par une semaine, voir si je tiens le rythme (pas d’eau chaude, nourriture végétarienne, entraînement trois fois par jour, froid montagnard…). Il y a une journée de relâche le vendredi, où tout le monde, paraît-il, se précipite à Dali pour se doucher, manger de la viande, se connecter à Internet et racheter des provisions…Voilà ce que je cherchais : apprendre quelque chose, relever un petit défi, apprendre du chinois (les moines ne parlent pas anglais). Aux heures creuses, on peut même aider des enfants à apprendre un peu d’anglais.

En posant le pied à Kunming avant-hier, j’ai senti que la Chine était de toute façon un défi en elle-même, ultra stimulante. Par contre c’est drôle, je me sens beaucoup plus à l’aise, tout est plus direct, plus simple. La fille du bar de l’auberge de jeunesse m’a reconnue, c’est vraiment agréable.

Je ne sais pas quand je partirai pour Dali (l’endroit où j’avais déjeuné avec un moine, dans un autre monastère, et fait du vélo à travers des villages), j’attends de m’acclimater : car effectivement, on ne passe pas de neuf mois de printemps, été caniculaire, puis chaleur tropicale, à l’hiver (tout doux qu’il soit ici à Kunming… mais je me gèle !!!) sans casse… Je suis au fond de mon lit aujourd’hui, et ai inauguré, ça y est, ma boite d’ercéfuryl et de smecta. Mais peu importe, car cette AJ est tout confort, pleine de gens sympas, et ça fait du bien aussi d’être sous une couette et une bonne couverture ! L’hiver me manquait presque… Par contre je suis saisie de la façon dont je m’étais finalement acclimatée à la chaleur, mon ennemie passée. Comme quoi on s’habitue à tout… Je pourrais peut-être vivre en Alaska, avec un peu d’entraînement…

Je retourne me coucher d’ailleurs, et vous embrasse bien fort. Et vous envoie un grand bol de gaieté chinoise ! car c’est aussi ce qui est séduisant en Chine, cette gaieté, dans la petite musique partout, chez les gens chez qui on sent une confiance de futurs “rois du monde”…  

  Pauline   


05/02/2004 08:45Objet : ça se précise

Chers tous,

Après le monastère et le silence des pins, des cloches et des coups de gong, me voici replongée depuis quelques jours dans la course au fax, photocopieuse, découpage, explication en pseudo-chinois, on recommence tout patiemment, une fois, deux fois, trois fois, on garde son calme… Il semble que ce soit bon, je pourrai récupérer mon billet d’avion à Bangkok le 16 au matin avant de partir à l’aéroport.

Timo, j’ai lu ton mail sur Yahoo, je suis bien désolée, ce n’est pas tout à fait parfait ces dates de retour, mais déjà c’est un retour, on se verra, n’est-ce pas le principal ? Ne bougez pas tout pour moi, surtout. Ce qui compte, c’est de vous embrasser ! Ah, ce n’est pas tout pour moi de gagner Paris… je pense qu’un coup de TGV sera pittoresque après tous ces bus, trains, camions… Est-ce que je peux vous demander, les parents, de faire la réservation du ticket, si c’est à Lyon qu’on se retrouve (question à moitié idiote : peut-être pensiez-vous faire un charter à Paris ?…) ?

Quelques nouvelles, alors, en attendant de vous en donner de vive voix et de vous montrer des photos !

La semaine dans la montagne a été exceptionnelle. C’est un monastère où le Maitre recueille des orphelins, garçons, et leur enseigne le kung fu. Si l’on accepte de se plier au rythme du lieu, on est accueilli avec bienveillance à passer du temps avec eux. Donc, six heures d’entraînement par jour, premier coup de gong à 6h15 le matin, à 20h le soir parfois je dormais déjà dans ma cellule. Pas d’électricité, pas de douche, le soir on se rassemble tous autour d’un petit feu de charbon dans une bassine, on écoute le Cheffo (le Maître), on discute… L’odeur des pins, les prières dans la nuit, le bruit de la fontaine dans la cour, les repas où l’on bénit le nom de Boudha avant et après avoir mangé… Et ces enfants extraordinaires, si respectueux d’eux-mêmes, des autres, de la vie qui leur est offerte là-bas. Ils pètent le feu, sont souples comme des serpents et énergiques comme des dragons !

A côté, nous autres Occidentaux avons l’air de singes maladroits… Quoi qu’il en soit, j’ai appris un peu de kung fu, et du tai chi, et pas mal de choses encore sur la culture chinoise. Et chaque jour un peu plus de la langue !

Je suis emballée. Revenue ici à Dali, je prends des cours avec une prof, cours particuliers, 15 yuans de l’heure (à peine plus de 2 euros), deux heures par jour, à 7h30 le matin et l’après midi. Fax et autres parties de rigolades mises à part, je dessine au soleil, j’ai récupéré un dortoir à 10 yuans pour moi toute seule, le pied ; je commence à connaître certains commerçants, j’arrive à commander en chinois au restaurant ; je rencontre des gens fascinants, on se retrouve au coin du feu le soir dans un bar, on regarde des films l’après-midi de temps en temps, je vais me passionner pour les films de kung f, je sens.

Demain je pense monter dans la montagne voir les enfants au monastère, leur apporter un petit manuel d’anglais, des pansements, désinfectant, fruits peut-être…

J’espère être capable de vous montrer un peu de tai chi !

Je n’aurai jamais vu autant de levers de soleils (grandioses) - et de couchers ! -, ça vaut vraiment le coup de se lever tôt ! Et j’adore voir la ville qui s’anime, en vingt minutes les volets sont ouverts, ça s’agite, les paniers à baozi (les délices à la vapeur…) fument aux coins des rues…

J’ai hâte de vous en dire plus dans quinze jours.

Ah, concernant le poulet fou, je vois que les médias font une fois de plus leur travail, du sensationnel, de la terreur ! Il faut vendre ! L’avantage, m’a fait remarquer une amie dans un mail, c’est qu’apparemment vous voyez des images de marchés asiatiques tous les jours… Ce n’est pas au Yunnan, mais au Guanxi, qu’il y aurait des cas en Chine, visiblement. Quant à Bangkok, je vais y passer quarante-huit heures, je ne fréquenterai pas les marchés, userai et abuserai de mon gel pour les mains, n’irai pas dormir, Daniele, dans la guesthouse du chant du coq (!), et inch’Allah, après tout, c’est la vie !

Don’t worry, ici tout va bien, vous pouvez répandre un autre son de cloche que ce que les médias prennent soin de diffuser en ce moment.

J’espère que vous allez bien de votre côté, point de grippe, et de belles journées d’hiver.

Je vous embrasse fort,

   Pauline   

 

samedi 24 janvier 2004 11:10Objet : Bonne Année chinoise !

L’année du singe - une précision sans doute inutile, tant vous devez en être rebattus en France, avec cette année franco-chinoise !

Me revoici… en Chine ! Changement de programme, arrivée en Malaysie et plongée dans le Chinatown de Kuala Lumpur, ce mélange incroyable d’Indiens, de Chinois, de femmes voilées, de saris, de jeans et de turbans, mon cœur a fait “boum”, et je me suis lancée à la recherche d’un visa et d’un billet d’avion pour Kunming, dans le Yunnan, où j’avais terminé mon passage en Chine en novembre.

En Thaïlande, déjà, l’attrait des montagnes se faisait sentir ; à mesure que nous montions vers le Nord, réaparaissaient des formations karstiques, des roches étranges, et des cultures en terrasse.  

Eléphantesque Bangkok

Bangkok, où j’ai posé un premier pied en arrivant du Cambodge, m’a d’abord séduite par son fourmillement d’étalages, ses trésors culinaires au moindre prix, réveil des papilles après le royaume khmer ; ses couronnes de fleurs que partout l’on tresse, pour offrande dans les temples ; son esplanade au bord de la rivière où chaque soir se rassemblent des centaines de Thaïlandais (et deux ou trois touristes heureux de se défouler…) pour un cours d’aérobic gratuit ; et ses quelques maisons de bois égarées au milieu des immeubles, presque posées sur des canaux fétides, une architecture et une ambiance qui me rappelaient quelque chose du Japon (en moins reluisant).

Puis j’ai tenté une sortie dans la ville. Elle ne s’arrête jamais, comme Paris, comme Tokyo, mais on devient claustrophobe dans ses bus bondés, arrêtés des heures au milieu de rues bondées, le long de ses avenues où l’on oublie qu’il y a un ciel un peu plus haut, et les seuls repères agréables auxquels raccrocher son œil deviennent les toits dorés des temples qui surgissent ça et là. Chinatown bat des records, les contre-allées permettent à peine de passer à deux, elles débordent de marchandise colorée, perles, montres, bric-à-brac, mais comment savoir combien de temps l’on va mettre pour rejoindre la prochaine artère ?…

De l’autre côté de la rivière, un reste des canaux campagnards d’autrefois, on quitte sa maison en bateau, les maisons pauvres se mêlent aux villas neuves en tek, surélevées, elles, de façon à éviter les crues de la saison des pluies.  

Noël aux fourneaux

Après trois jours dans ce capharnaüm - six pour moi et ça commençait à durer… Première ville de cette ampleur depuis le Japon : les villes chinoises sont pourtant énormes, mais larges, quadrillées, aérées même, sinon quant à l’air, au moins quant à l’espace et la largeur des avenues -, et première remise en question de ma passion indécrottable des grandes villes…), nous avons réussi à attraper les deux dernières couchettes dans le train pour Chiang Mai du 23 décembre : un vrai “Christmas train“, rempli de touristes en partance pour un 24 décembre dans la capitale du Nord.

Changement de décor, jungle montagneuse, ville fortifiée, de l’air, des ruelles tranquilles où déambulent les touristes entre les guesthouses cosy ; cours de yoga, méditation, cuisine, langue thai, librairies anglophones, banana pancake et coffee shops, tout y est, mais il y fait très bon vivre, et je sentais des pulsions de sédentarisation me titiller…

Le 25 décembre, cours de cuisine thai ! Une journée entière d’enseignement intensif, éreintant (oserait-on presque dire !…), au marché le matin, puis aux cuisines, en dégustant chaque plat allongé sur des coussins au sol, dans une jolie maison traditionnelle de bois… Je rajoute donc dans ma liste d’emprunts, avec le futon japonais et le vélo chinois, le wok et le hâchoir ! Et je déménage à Chinatown, car il faut quand même un paquet d’ingrédients que le primeur du coin n’aura sûrement pas en magasin…

Après ça nous sommes partis trois jours en moto dans les environs, au hasard jusqu’à un B&B inespéré, tenu par un fan de musique hawaïenne et de tubes sentimentaux jazzy, entouré de deux épiceries-bars de village où nous avons eu de grands moments de communication gestuelle primaire.

Malheureusement j’avais embarqué avec moi un souvenir attachant du Cambodge, un mal de dos que les routes de la Thaïlande, toute lisses qu’elles soient, en moto n’ont pas arrangé. Ni la balade en éléphant - intéressant tout de même de noter le niveau de secousses auxquels étaient soumis les rois et les sultans, si paisibles et droits en apparence sur les gravures…  

Avec Kid’s Ark, en visite à Bam Pong : la situation reculée des minorités nationales à la frontière birmane

Chance incroyable au cours de ce séjour dans le Nord de la Thaïlande : les retrouvailles avec Magali et Nicola, nos amis qui s’occupent de l’association Kid’s Ark, et leur bébé Pablo ! Ils connaissent bien Chiang Mai, nous ont fait découvrir un nouvel aspect de la ville, et nous ont emmenés voir la Kid’s Home, l’orphelinat monté sur place, et Bam Pong, le village dont certains d’entre vous parrainent des enfants.

J’ai été saisie du travail qu’ils font et ont fait là-bas, je me suis sentie émue, et très fière d’eux. A l’orphelinat, quatre petits garcons sont pris en charge pour l’instant, confiés par l’orphelinat national. Quatre petites terreurs, autrefois vivant seuls de débrouille dans la rue, et entourés là d’un personnel ferme et maternel. Le village, Bam Pong, est à la frontière birmane, une zone privilégiée pour le passage de l’opium. La population appartient à la minorité ethnique des Hmongs, l’une des nombreuses minorités de toute cette région qui va de la Birmanie au Nord du Vietnam, en incluant le Sud de la Chine. La pauvreté ne m’avait pas frappée jusqu’ici en Thaïlande, il fallait même la chercher, contrairement au Vietnam, au Cambodge, et aux régions rurales de la Chine où elle s’étale très nettement, mais là elle saute aux yeux.

Sans le Day Care Center construit par Kid’s Ark, où les petits enfants sont pris en main tous les jours par un groupe de femmes, où ils ont des jouets, du matériel éducatif, où on leur apprend à prendre une douche et à utiliser des toilettes, ces tout petits seraient livrés à eux-mêmes dans la poussière et les excréments, au pied de leurs cabanes de bambou et de palme sur pilotis, tandis que leurs mères travaillent dans les champs. Les enfants les plus âgés sont scolarisés, grâce aux parrainages. Les adultes produisent des objets de bambou et de tissage, dans le Training Center. Toutes les idées d’objets et/ou de commercialisation sont les bienvenues, pour continuer à développer le centre !

Magali et Nicola pourraient vous en parler plus précisement ; ils sont joignables à l’adresse kids_ark_france@hotmail.com.

Suite à ça, nous avons passé un nouvel an totalement improvisé, visite de l’hôpital de Chiang Mai pour vérifier que la fièvre de Daniele n’était pas une poussée de dengue ni un cas avancé de Sras, mais bien une fièvre de franchir de façon inopinée la barrière de 2004 ! Après quoi, nous avons pu danser libres de tout souci, et prendre un bain de feux d’artifices, les Thaïlandais sont débordants d’entrain quant à ces pétards, il en pleut de tous les côtés !

A Ko Pha Ngang, la lune est phosphorescente, Boudha est tatoué et rentre en transe sans méditer

Le Sud du pays (48h de voyage plus tard, une première nuit de train, une journée à la piscine du Sheraton de Bangkok (la pause du guerrier…), une deuxième nuit dans le train, bus, bateau, taxi dans la jungle… Ouf !) est un autre monde. Nous avons atterri à Ko Pha Ngang, l’une des îles de la côte est, dans une petite baie isolée, bungalows sur la plage, pas de voitures, pas de bruit sinon celui des vagues et de la house music qui rythme tranquillement l’arrière-fond des journées difficiles des backpackers qui habitent les lieux…

Je voudrais revoir à présent le film “The Beach“, mais dès à présent, avachie dans mon paréo, me balançant sur un hamac ou au coin du feu sur la plage le soir avec un verre, je me disais que je comprenais soudain comment une telle utopie avait pu venir à l’idée de l’auteur et de ses personnages révolutionnaires… Là-bas c’est bien en pleine utopie que l’on nage. Oublié, le monde : tout, autour, n’est que nombrils à l’air, muscle apparent, tout est sexy, tatoué, ça joue négligemment à la raquette ou au boomerang (taux d’Australiens élevé, visiblement…), se demandant dans quel ordre procéder, d’abord la crème solaire, ou bien la bière ? Dur…

Le paysage est incroyable, je m’attendais à trouver des tours bétonnées avec piscine et cantine sur la plage, mais non, c’est bien un paradis.

Pour l’instant je n’ai pas vu de vers remonter sous ma peau, la légende dit qu’on en attrape, dans cette vie de va-nu-pieds sur le sable blanc… Je veille au grain…

L’autre aspect de ce paradis naturel, de l’autre côté de l’île, la face nocturne de cette vie de papillon, c’est la fameuse Full Moon Party. On l’atteint en bateau à moteur, au clair de lune (pas le jour même de la pleine lune cependant, réservé aux fêtes boudhistes), et là c’est la mise en scène de la folie, un vrai spectacle, une plage entière phosphorescente, rythmée, brillante de lumignons et de musique, les jongleurs font tournoyer des torches enflammées, on se tatoue la peau à la peinture fluo, tout est permis, tous les looks les plus délirants, c’est la catharsis des citadins occidentaux tout à coup pieds nus, échevelés, os dans le nez, presque. J’étais fascinée. Un peu moins vers 2 heures du matin, quand le tout commence à tourner à l’orgie, la mer est prisonnière soudain de cette marée humaine (15 000 personnes), d’un dégueulis général ; des silhouettes sont dressées dans l’eau comme des statues luisantes au clair de lune, se soulageant face à l’horizon… Des photos perdues, ce soir-là…  

En Malaisie, les retrouvailles de guimauve du Mont Meru et des rêveries chinoises

Nous avons poursuivi vers le Sud, jusqu’en Malaisie, avons atteint au bout de 36 heures l’île de Penang, dépaysement à nouveau : maisons chinoises anciennes, se mariant très bien avec l’architecture britannique laissée par la colonisation, temples hindhous, chinois, églises… Un côté ville coloniale en déliquescence, charme immanquable. J’ai pu expérimenter un vrai repas indien pris avec la main (droite), un plaisir inouï, les instincts sauvages ne sont jamais loin ! Les temples hindhous dégoulinent de statues colorées comme des bonbons de guimauve montés en pièce - en Mont Meru, plus précisement. J’ai retrouvé là quelque chose de la forme des temples khmers anciens, et des stupas modernes du Cambodge, sous un habillage de couronnes de fleurs qui m’évoquait les arrangements boudhistes thaïlandais. 

Arrivée à Kuala Lumpur, je me suis à nouveau retrouvée seule, et ai arpenté les parcs, les musées, les rues, la piscine de Chinatown, en attendant mon visa et mon billet pour la Chine. Passage brutal de 40 degrés saturés d’humidité tropicale (pour la première fois j’ai ressenti la climatisation comme un bienfait), aux 2 000 mètres d’altitude hivernale de Kunming. D’où deux jours sous la couette, mais quel bonheur de retrouver un hiver et ce confort douillet d’une bonne épaisseur de plumes !

Je retournerais volontiers une autre fois en Malaisie, ce pays a l’air non seulement beau, mais surtout intrigant pour nous qui nous débattons avec la laïcité et la construction d’une culture homogène : les cultures et les religions se mélangent allègrement dans ce pays, en paix à présent.

Pour l’instant, j’ai besoin de retrouver du connu, d’arrêter d’engranger sans cesse de la nouveauté, d’approfondir quelque chose, et d’apprendre quelque chose si possible : demain je pars dans un monastère, ici à Dali dans le Yunnan, faire du tai chi et de la méditation chez les moines… Et je continue mes tentatives de baragouinage en chinois ; si ça ne me permet pas toujours d’obtenir ce que je veux, c’est toujours ça de rire suscité…

Emballée par la Chine décidément, c’est confirmé. Je vais quand même m’arrêter d’écrire, et vous re-souhaiter tout plein de bonnes choses pour cette année simiesque. Je vous envoie une brassée de cette bonne humeur pétaradante qui anime les rues ici en ce moment (et les Chinois d’une façon générale, Nouvel An ou pas !), de bonnes joues rouges, de musique allégrette !

A très bientôt,

   Pauline

 

PS : j’ai un frère en or, webmaster de choc par-dessus le marché, qui recolte les photos que je peux lui faire parvenir, et fait un site sympa, sur www.fraisse.biz ; et une amie très chère et très douée, Isabelle, qui suit mon voyage et imagine parallèlement un magnifique carnet de voyage, il est en ligne sur fraisse.biz.

Isa a lancé en décembre son site, www.izacrea.com, ou vous pouvez voir et commander des tas d’idées, cartes de voeux, faire-parts… illustrés main et vraiment poétiques !

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2ème passage en Chine…

01/03/2004 07:02Objet : Au pays du poulet rieur… 

Bonjour !

Je vous écris des dangereuses terres de la Thaïlande et du Yunnan où, dit-on, des chats sont morts… Il ne faut jamais crier victoire sur la peau de l’ours avant de l’avoir quittée - après tout je suis encore à Bangkok pour quatre heures -, mais soyez rassurés, on ne s’obsède pas plus que ça ici des poulets fous, qui ont encore des lendemains chantants devant eux. Je vois que les médias ont encore bien fait leur travail, quoi de plus vendeur que l’affolage des populations. Et vu la façon dont on traite la cohabitation des humains et des bestiaux par ici, et les conditions extrêmes d’hygiène, nul doute que des milliers de virus ne se soient créés et se créent encore ; la différence, c’est qu’aujourd’hui on a les moyens de venir y mettre son nez et d’en parler…

Si tout va bien, donc, je serai dans l’avion pour l’Australie cet après-midi, direction Melbourne. Je n’ai aucune idée du nombre d’heures de vol, j’ai perdu (dans ma quête d’allègement maximal du poids du sac…) la feuille de route. En tout cas, ça va être un sacré décalage, une replongée sur le versant “occidental” du monde (même si l’Australie, après tout, c’est encore géographiquement, et culturellement peut-être - mais ça j’en saurai plus d’ici quelques semaines - l’Asie…), après ces six mois en Orient. 

Western asiatique

Une des premières choses qui m’avaient frappée, c’est la constante distinction entre “l’Asie” et “l’Occident” : on est avant tout ici des “Westerners“. Eh bien je vois à présent que, malgré les différences énormes entre les pays où j’ai pu passer, on retrouve partout - même en terres froides, dépourvues par exemple de toute nécessité de lenteur dans la marche (justifiée en revanche quand on cherche à limiter la transpiration…), même en terres “modernes et speedées” (alias Japon citadin…) - des piliers communs. En vrac, pour tâcher de caractériser à l’emporte-pièce les « Easterners » :

  • Pourquoi se buter sur un objectif unique : si telle solution ne fonctionne pas, il suffit d’en essayer une autre - et une autre, et encore une autre… L’histoire ne dit pas où ça s’arrête, d’où la fameuse conception du temps “asiatique”.

Mais à bien y réfléchir, c’est vrai que si une nouvelle vie nous attend après celle-ci, pourquoi être pressé par le temps ? Et à y réfléchir de plus près encore, même si la réincarnation n’est pas dans nos objectifs futurs, pourquoi se speeder ?… Après tout, chaque seconde vaut bien la peine d’être vécue, même si c’est dans une file d’attente ou un embouteillage (évidemment j’ai limité ma consommation de files d’attente ces derniers mois, n’ai gardé que les plus pittoresques, gares chinoises et marchés étroits… Quant aux embouteillages, les habitants de Bangkok sont bien servis, et les Parisiens si bien desservis en comparaison…).

  • Pourquoi imaginer qu’on va traverser la vie efficacement en se bourrant le crâne et en traitant son corps comme le dernier des renégats, qui n’a qu’à suivre après tout ?… Même si les citadins d’Asie, si fiers de leurs vitres teintées et de leur nouveau portable, n’ont pas nécessairement la sobriété des moines perchés dans les monastères, ils sont guidés quotidiennement par les signaux que leur envoient leurs instincts - d’où les dix repas qu’ils font par jour, chacun descendant, à toute heure, piocher à tel ou tel stand dans la rue, suivant ses envies du moment. Les repas en commun fonctionnent sur le même principe : que ce soit en Chine, au Vietnam, en Thaïlande, et même au Japon pour certains types de repas, on prépare toute une diversité de plats pour accompagner le riz, et chacun prend ce qui lui parle, en veillant toujours à éviter la gloutonnerie individualiste reprochée aux Occidentaux… (le règlement du monastère où j’ai passé une semaine, au Yunnan, qu’on nous fait lire à l’arrivée et qui se conclut aimablement par un “if you don’t feel in agreement with these rules, you’re welcome to leave“, le stipule d’ailleurs très ouvertement…).

La Chine et l’Inde ont irrigué la région de leurs techniques médicales, qui se sont adaptées aux habitudes locales, et l’on a mis au point différentes méthodes, où le massage, la pression de certaines zones (le long des fameux méridiens), les plantes (y compris dans la cuisine, en particulier en Thaïlande où l’on combine dans les soupes ce qui pourrait passer pour de simples épices à cracher le feu, mais qui joue en fait le rôle subtil d’anti-diarrhéique, de réducteur de flatulences, d’expectorant pulmonaire…), la gymnastique tiennent toujours le haut du pavé.

  • Pourquoi parler le premier, et se livrer d’emblée à des confessions destinées, certes, en nos contrées, à mettre l’autre à l’aise, mais qui sont ici perçues comme une agression sans nom (on impose à l’autre, d’une certaine façon, l’attente d’une confession réciproque). Mieux vaut pratiquer l’observation, et à cela les Chinois sont les rois, imbattables en matière de curiosité.

Et mieux vaut, si l’on prend la parole, en rester à des sujets “objectifs”. Avis à ceux qui veulent faire des affaires par ici, il faudrait d’abord, paraît-il, franchir quelques jours, voire quelques semaines, de conversation légère, sur la famille, les hobbies, etc., et surtout prouver sa résistance à l’alcool, au sake, au vin de prune ou de riz, avant d’entamer les négociations…

Savoir tenir ses baguettes peut aussi être un atout (même si un petit show à la “Pretty Woman découvre les escargots” pourrait n’être pas totalement privé de séduction ; mais là, je m’avance).

  • Pourquoi dire “je ne sais pas”, quand un “peut-être” a le mérite de couvrir le vide et de laisser l’affaire joliment intacte… Ah, le fameux “maybe“, encore ce matin j’y ai eu droit, à la recherche de la post office, et c’est avec une larme à l’œil que je l’ai accueilli ; il va me manquer… J’ai constaté, par contre, qu’au lieu de tomber dans le panneau d’y croire naïvement et d’aller tout droit à l’endroit indiqué par le “maybe“, comme je pouvais le pratiquer les premiers temps, ou qu’au lieu (deuxième phase de l’évolution) de m’énerver et de dire quelque chose de l’ordre de “maybe ? maybe ?.. yes or no !” (le fameux “oui ou merde” français…), j’ai suggéré tranquillement qu’il me semblait y avoir une carte affichée sur le mur, et miracle, les bureaux de poste y étaient indiqués (et la première indication, celle du “maybe“, était, pour ne pas déroger à la règle, à l’exact opposé du petit bureau de poste joliment tracé à l’angle de deux rues sur le plan…). Ah, l’Asie… ça vous gagne !

Encore bien d’autres choses, mais point n’est tenue ici l’idée de faire un catalogue… Il reste, en tout cas, que la fameuse “sagesse asiatique”, si difficile à percevoir à première vue derrière les klaxons, le bruit permanent, les téléphones portables hurlants, les crachats et le trafic à sens multiple, est peut-être bien un peu plus qu’une légende… 

A Kunming pour le Nouvel An chinois
Pour vous raconter un peu ce que j’ai fait depuis le mois dernier : j’ai experimenté une serie de chocs culturels, des passages brutaux via air mail d’une terre à l’autre - précisement ce que je voulais éviter pendant ces six mois en Asie by land, mais l’appel de la Chine était trop fort et depuis la Malaisie, l’avion n’était pas une solution si malvenue après tout.

(Petite apparté, tandis que je vous écris, constatant que les trois modems soutenant l’ensemble de ce cybercafé sont sur une petite table à côté, et qu’un ventilateur leur est dédié, juste pour eux… Détail idiot, remarqué peut-être par jalousie pour les modems - mes pieds apprécieraient aussi le ventilateur -, mais le détail me touche. Espérons par contre que je pourrai finir ce mail avant que tout ne saute…).

Arrivée en Chine donc, à Kunming, découverte soudaine de l’hiver après huit mois au chaud (un printemps et un été français, cinq mois ensoleillés et tropicaux ensuite), inauguration de la boîte de smecta, bonheur du dortoir sous la couette (où l’on regarde, l’œil vaseux, défiler les colocataires internationaux et leurs histoires) et investissement rapide dans la bouillotte, l’écharpe, la veste polaire coupe-vent. Après ça, Nouvel An chinois, quinze jours de pétards, lancés si possible dans les pieds des touristes, c’est toujours plus drôle, surtout pour amuser les petits enfants chinois, adorables dans leurs grosses doudounes et leurs bonnets à pompons ou à petites oreilles (de chat sauvage, un animal adoré des Chinois, a-t-on eu l’occasion d’expliquer à la télé en France, je crois, à l’occasion de SARS-Le Retour). 
Une semaine chez les moines en montagne
Après une semaine à Kunming (j’adore cette ville), train (la fête : les trains chinois, j’adore encore plus !) jusqu’à Dali, où je suis restée trois semaines, dont une dans un monastère dans la montagne, à apprendre un peu de kung fu et de tai chi. Cet endroit est incroyable. Le temple de Wu Wei“, s’appelle-t-il, wu wei étant le concept taoïste de la non-action : ne rien faire qui aille contre la nature, laisser couler…

On est donc au milieu des pins, on domine le lac (la mer, plutôt - c’est d’ailleurs le même mot en chinois, hai -, si l’on a pour référence nos échelles européennes…) de Dali, personne ne nous voit d’en bas, pas non plus la nuit car il n’y a pas d’électricité ; on entend les oiseaux et la fontaine qui bruisse dans la cour du monastère. 

Je m’endormais au son de l’eau qui chante et des clochettes pendues aux coins des toits, me réveillais avec le gong et les prières des moines à 6h30. A 7h, on partait courir et remonter sur nos têtes de grosses pierres (taille décroissante à mesure que la semaine avançait, en ce qui me concerne…) de la rivière. A 8h, petit-déjeuner. De 9h à 12h, entraînement au kung fu (suivi, pour moi, d’un peu de tai chi, tandis que les autres s’adonnaient à des sauts périlleux et autres galipettes acrobatiques dont j’ai toujours raffolé, ainsi qu’à des jeux d’épées et de bâtons très impressionnants).

Déjeuner, suivant les règles des moines boudhistes du Mahayana, qui ne mangent rien d’animal, et excluent également certaines épices jugées “excitantes”, le gingembre et l’ail notamment ; pas le piment heureusement, le meilleur des radiateurs internes quand on casse la glace le matin sur le sol, et qu’on peut oublier la douche pendant une semaine (le lavage des cheveux dans une bassine à l’eau de la montagne étant une pratique chinoise courante, à laquelle j’ai eu la joie de m’initier…). Quand on a fini de manger, on passe devant toutes les tables en proclamant une louange à Boudha, à laquelle tout le monde est tenu de répondre (joyeux concerts de “Amidabu“, une formule d’abord incompréhensible, qui sonne un peu comme un “only tofu“, en fin de compte… mais qui signifie en fait le nom du Boudha Amida, célébré jour et nuit dans les monastères comme celui-ci, où l’on pratique le boudhisme des sutras, de la récitation). 

Pause jusqu’à 16h, sauf pour les enfants (c’est un monastère qui recueille des orphelins, petits garçons uniquement, et les forme au kung fu ; ils peuvent devenir moines s’ils le souhaitent), qui font leur lessive, des travaux de terrassement, des maths ou de l’anglais (avec les touristes de passage : c’est ainsi que je me suis retrouvée au tableau noir, à faire grincer la craie, un régal, à voir l’enthousiasme de ces enfants, qui reçoivent l’anglais comme un cadeau).
16-18h, nouvel entraînement. Dîner. A 19h il fait nuit, on prend son courage à deux mains pour se laver les dents dans l’eau glacée (j’ai attrapé des engelures, une première, dont je suis tout juste en train de venir à bout…).
Discussion (en chinois - autrement dit, écoute fascinée de la discussion ambiante, en chinois…) autour d’un petit feu de charbon devant Boudha.
20h : pourquoi ne pas aller dormir, reposer ces yeux que, à défaut des jambes, j’ai encore vaillants, et qui ne demandent qu’à se garder de la lumière tiraillante de la bougie sacrée ?…

Je pourrais en parler sans interruption, cette expérience m’a vraiment marquée. Après cela, j’ai trouvé une professeur de tai chi à Dali, et en ai fait deux fois par jour, le matin à 7h30 et en fin d’après-midi, au pied des remparts de la ville. Le reste du temps, je dessinais, j’apprenais le chinois, je marchais en montagne et l’on se retrouvait au bar le soir au coin du feu, moi pour la première partie de soirée, le bâillement n’étant généralement pas loin - j’avais fait le choix du lever de soleil, et ne le regrette pas : jamais vu autant d’aurores colorées en trois semaines… 

Pattaya-les-Bains, ou la dure replongée dans les bas-fonds de l’humanité…
La diversité est l’essence du monde, mais malgré tout le choc fut rude ces derniers jours en débarquant à Pattaya, la plage la plus proche de Bangkok, où je voulais profiter d’un peu de calme et d’air frais en attendant le vol pour l’Australie. Je n’ai pas tenu jusqu’au bout, suis revenue dare-dare à Bangkok, qui du coup s’offre sous un jour paradisiaque.
C’est simple, je ne savais plus même où mettre les yeux en marchant dans la rue a Pattaya, source d’inspiration intarrisable pour tous les Michel Houellbecq du monde, un Béton-sur-plage comme on sait en faire de très beaux chez nous aussi, mais où gravitent, entre les Seven-Eleven, les Kodak-shops et les “Condotels” (concept que je ne connaissais pas, il pourrait s’agir d’un banal hôtel, mais pour moi il ne pouvait qu’évoquer une sorte de “condom-hotel”, tout à fait à propos dans cet environnement balnéaire particulier), des dizaines, centaines d’Occidentaux libidineux entourés comme des mouches par de jolies Thaïlandaises au nombril dévêtu, montées sur des plateformes (serait-ce l’inspiration du titre de M. Houellbecq ? Je lance un avis à qui l’aurait lu et pourrait m’éclairer).

C’est sordide ; je n’ai cessé de me demander pourquoi, après tout, cet endroit me mettait si mal à l’aise, et surtout me rendait si triste (à en pleurer, le soir dans ma chambre, devant Fashion TV, pour un peu de rêve et de musique…). En fait, contrairement aux quartiers roses japonais (comme Shinjuku, à Tokyo), leurs love-hotels et bars à hotesses, ce n’est pas l’organisation du plaisir que l’on trouve à Pattaya. Nul plaisir, nulle catharsis joyeuse et orgiaque. C’est la violence aigrie d’hommes venus chercher ce que la société leur fait miroiter et sur lequel ils se sont focalisés, à savoir une femme parfaite, tout sourire et dévotion ; et de femmes pensant trouver là ce que la société leur fait aussi miroiter : des portefeuilles, un nouveau sac à main, l’exil. Les hommes ont des grincements de dents qui ne dessèrent pas ; les femmes, des sourires dont on sent la fausseté jusqu’au bout des dents. Les regards se fuient. Pas un geste, pas un regard de tendresse. 

Pour me changer les idées, j’avais droit à l’autre moitié de la population plagiaire de Pattaya-les-Bains : des couples retraités allemands, hollandais ou danois, dont le seul signe évident de distinction de la première catégorie d’énergumènes est la femme qui les accompagne - le tatouage, la graisse rosie et la démarche alourdie n’étant plus des signes suffisants de distinction.

Si j’avais senti la solitude au cours de ces six derniers mois ? Jamais, avant Pattaya. Ceux à qui je parlais, dans une tentative désespérée de rompre le silence - qui ne me gêne pas en principe mais devient lourd dans des situations de malaise, où justement on aurait besoin de parler - ont tous eu droit à des versions différentes de ce que je faisais ici : pas question de dire à quiconque que j’étais seule… je ne me sentais même pas tranquille.Bref, Bangkok is paradise on earth then ! J’en profite encore deux petites heures, avant de passer “down under“, là où les gens marchent sur la tête et où l’eau tourne en sens inverse dans le syphon de la baignoire…

Je vous envoie des brassées d’orchidées, la gaieté des temples de verroterie thaïlandais (qui jamais n’atteindra, à mes yeux, la gaieté authentique des Chinois ! Ah, les Chinois… Ils me manquent. Heureusement il y en a un paquet émigré en Australie, paraît-il.), plein de sourires et du soleil (point trop n’en faut… comme c’est bon l’hiver et la sécheresse !). Et espère que vous vous portez tous avec bonheur et santé.

A très bientôt,
 
  Pauline

PS: je me suis trompée dans l’adresse du site de mon amie Isa, la dernière fois : c’est www. izacrea.com, avec un “Z” donc comme “Zorro”. Et mon frérot préféré a enrichi le site www.fraisse.biz de nouvelles photos, mises sur cédérom par mon chéri, Daniele. Mille mercis et bisous à tous les trois !

 

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Australie - Nouvelle Zélande

25/02/2004 10:09Objet : 4:00PM, 35 degrés de plus…

Hello hello !

Juste un petit mail pour vous dire que je suis bien arrivée, le décalage est rude dans ce sens là, mais la nuit n’est plus très loin déjà, heureusement…

J’ai gagné 35 degrés celsius par rapport à hier. Qu’est-ce que c’est bien l’hiver quand même…

J’ai adoré tous ces moments passés avec vous. Me revoilà face à un petit chat doré qui agite la patte pour attirer la bonne chance, sous un petit autel doré lui aussi, enguirlandé de fleurs jaunes et roses… Derniers jours de superstition asiatique, avant d’aller voir chez les kangourous comment on vit ‘down under’

Je vous envoie plein de bisous,

bien affectueusement,

pauline


02/03/2004 07:28Objet : melbourne !

Je vous écris de Melbourne, d’un de ces fameux backpackers hostels créés par les Australiens, un ancien couvent transformé, et décoré ultra kitsch avec des saintes vierges dignes du Portugal…

Je suis en plein jet lag, mais ça me plaît bien, les Australiens sont hyper chaleureux, les Américains c’est de la rigolade à côté. Tout est hors de prix par contre ; je risque de passer moins de temps dans les cyber cafés…

Ca fait drôle de ne plus être le touriste qu’on repère à 20 bornes, de se fondre dans la masse, et de devoir arrêter de faire des efforts pour se faire comprendre en anglais (c’est moi qui en fait, plutôt : ils ont un accent bien à eux !)

J’espère que le déjeuner dimanche a été un bon moment.

J’attends de vos nouvelles,

et je vous embrasse,

pauline


03/05/2004 09:12Objet : “It’s good to stay at a Y-M-C-A !!”

Hello everybody ! J’ai attendu un peu longtemps avant de vous donner des nouvelles, et maintenant il s’est passé tellement de choses, il va falloir tailler dans la masse… Je suis sur le point, dans huit jours, de prendre l’avion pour Santiago du Chili, et d’aborder la troisième phase de mon voyage, un petit morceau d’Amérique latine !

Je vous écris de Wellington, la capitale de la Nouvelle-Zélande, mais pas sa plus grosse ville (c’est Auckland, au Nord, d’où je prendrai l’avion). Entre Bangkok et ici, se sont écoulées cinq semaines en Australie, et quatre déjà ici, dans l’île du Sud, celle où les moutons sont définitivement plus nombreux que les hommes, pas de doute.

Aussies et Kiwis, étranges espèces des hémisphères austraux

Je vais tenter d’éviter la comparaison Australie/Nouvelle-Zélande, pourtant tentante (un Kiwi n’aurait-il pas lui aussi naturellement tendance, depuis les antipodes, à comparer la France et l’Allemagne, la Belgique et le Portugal ?…). Je ne suis pas en train, comme tout un lot d’Anglais que je croise par ici, de faire un tour ému des positions du Commonwealth sur la planète - quoique je commence à y songer moi aussi… J’ai un stop over à Londres, après tout, en rentrant de Buenos Aeres, et me demande si je n’irais pas visiter un peu les campagnes anglaises ; mais ça voudrait dire réduire le flamenco, les geysers et les volcans : à méditer, donc…) -, mais je me sens tout de même obligée de reconnaître un certain nombre de points communs entre ces deux îles :

  • Elles partagent le privilège du profil d’Elisabeth II sur leurs pièces de monnaie sur une face, et sur l’autre face, rivalisent toutes deux pour mettre en avant leurs trésors nationaux respectifs : la nature - koalas, kangourous, émus, eucalyptus pour l’Australie ; kiwis (l’oiseau, pas le fruit, ni l’autochtone, qui lui aussi se qualifie de ce mot absolument incontournable ; tout le monde n’est pas vert cependant, et le fameux fruit lui-même a une version “gold“, trois fois plus chère, plus douce, et dont on peut manger la peau) et autres iguanes et oiseaux dont un ornithologue saura vous dire plus, certainement, pour la Nouvelle-Zélande.

  • Elles ont toutes les deux leurs cultures originelles, aborigène pour l’Australie, maori pour la Nouvelle-Zélande, qui ressortent de tous côtés, et se mêlent aux décors, urbains notamment, plus ou moins naturellement. Dans les deux pays, on se tatoue sans hésitation ni restriction. En Nouvelle-Zélande, les gens arborent facilement des pendentifs aux symbolismes maoris (liés à la mer le plus souvent). En Australie, on croise un paquet de mini-vans Wolkswagen repeints de motifs aborigènes, et assortis de formules brèves et synthétiques destinées à vous présenter rapidement l’occupant du lieu : “Totally wicked lazy iguana“, ou “Fucking wicked crazy trailer“, pour donner, de mémoire, l’idée générale.

On ne croise pas des sauvages os dans le nez accroupis au coin des trottoirs. Mais, par exemple, l’équipe de ménage de l’auberge de jeunesse où je suis en ce moment a bel et bien des airs plus tahitiens qu’élisabéthains… Et dans les trains australiens, où l’on ne vend que de la bière light et où l’on vous rappelle par tous les moyens qu’il serait bien de garder sa sobriété (i.e. de ne pas perdre totalement raison), et de porter des chaussures et un t-shirt pour pénetrer dans le lounge, ceux qui titubent entre les fauteuils sont bel et bien des aborigènes.

  • Elles sont toutes les deux à peu pres désertes, l’Australie avec sa sixième superficie mondiale et ses 17 millions d’habitants, et la Nouvelle-Zélande avec ses deux petites îles volcaniques que se partagent 4 millions d’habitants (60 millions de moutons, sans compter les vaches et les rennes, autres élevages favorisés par ici), dont les 2/3 sont rassemblés dans l’île du Nord, et en particulier à Auckland.

  • Elles ont toutes les deux une faune et une flore uniques au monde, même si l’on retrouve en Nouvelle-Zélande les touffes moutonnantes d’herbe sèche d’Amérique du Sud, et certains eucalyptus arrivés d’Australie (malgré les efforts redoublés de la douane, féroce dans les deux pays… et en Nouvelle-Zélande encore plus apparemment, de ma propre expérience et aux dires des nombreux voyageurs soumis au même sort : grand déballage, on inspecte vos semelles de chaussures de randonnée, on déplie les piquets de tente, la grand-mère à côté de moi voyait ses jolis petits paquets de chocolat et de confitures enrobés de papiers cadeaux calmement dépiotés par les douaniers… Inutile de s’amuser, donc, comme moi, à déclarer “oui j’ai fait mon sac moi-même, et non, je ne transporte ni alimentation, ni équipement de camping et de randonnée”, ils ont des rayons X qui ne détectent pas encore le chocolat, mais que les bottes de randonnée et les toiles de tentes ne trompent pas… Je n’aurai rien à vous raconter sur la prison en Nouvelle-Zélande - ils sont restés polis et j’ai joué à la touriste bien mal éveillée, et tout s’est passé tranquillement, je suis entrée en Nouvelle-Zélande et l’adrénaline est redescendue…).

Cela dit on se sent rassuré en Nouvelle-Zélande de ne plus avoir à surveiller, avant de s’asseoir ou de mettre la main dans un trou d’arbre (réflexe naturel tout à fait spontané en randonnée, c’est bien connu… trève de plaisanteries, après la visite du Musée d’Histoire naturelle de Sydney, on se dit qu’il vaut tout de même mieux être averti…), qu’il n’y ait pas là la toile d’une araignée tueuse ou d’un serpent caméléon, ni de prendre la route en se demandant si un kangourou ne va pas venir vous faire faire quatre tonneaux en se jetant sous les phares… Ici, rien que de très gentil - les sand flies mises à part, ces féroces piqueuses aux airs innocents de moucherons ; finalement, les mouches de l’outback australien, qui cherchent désespérement à vous boire au coin des yeux, des narines ou dans la bouche, avaient leur charme : elles vous faisaient comprendre intimement la condition d’un cheval au quotidien, tout en jetant un parfum d’exotisme sur les lieux : ah, que ne ressentirait-on si bien l’épaisseur et l’intensité de l’outback sans ses mouches !…

Les deux pays partagent également la notion de bush, en d’autres termes, tout ce qui s’apparente à un fouillis incroyable d’arbres, de fougères géantes (pour ce qui est de la rain forest, ou équivalent tempéré de la jungle équatoriale), de troncs abattus et laissés en vrac au sol (car c’est, pour certains arbres, le seul moyen d’encourager leur reproduction : le randonneur n’a donc qu’à enjamber sans broncher, et se dire qu’il est, en voici la preuve, bel et bien enfoncé dans le bush, une chance folle après tout, car n’a-t-il pas dû traverser le monde entier pour voir ça ?…).

Plus largement, j’ai l’impression que tout ce qui n’est pas urbain est rapidement apparenté au bush. En Australie, s’ajoute le concept d’outback, autrement dit tout ce qui n’est pas les côtes, seule partie vraiment urbanisée ; autrement dit, le désert, ces longues étendues de terre rouge où pendant 300 km on peut ne voir - non pas “rien”, comme on se prend à être tenté de dire, mais on se mord la langue à temps et on se reprend… - aucune trace de quelque installation humaine que ce soit, ni station essence, ni Bagdad Café, ni même une cabane ; juste des barrières, par contre, qu’il faut ouvrir et refermer régulièrement quand on veut les franchir, destinées à protéger le bétail (où est-il ?…), à limiter les migrations de kangourous, de lapins ou d’émus.

  • On y parle anglais, avec des accents cependant aussi différents qu’entre Cardiff et Edimbourg. J’ai plus de mal avec le néo-zélandais, et je rate une grande partie des commentaires des chauffeurs de bus (une autre particularité locale : adieu les trajets en bus au petit bonheur la chance de l’Asie, où l’on n’ose décoller de son siège pour aller aux toilettes, jamais certain de la durée de la pause ni de l’heure d’arrivée ; en Australie, et encore plus en Nouvelle-Zélande, le chauffeur vous accueille chaleureusement, vous explique en long en large l’itinéraire, le nombre de pauses - celle du morning coffee, celle du lunch, celle des “clean toilets“, celle du tea, celle du leg stretching, etc. -, il plaisante, il fait des blagues et il fait office de guide touristique en même temps), à mon grand damne. Il faut dire qu’ils ont une fâcheuse tendance à tout écraser entre les dents, et tout ressort sous forme de “i”. Le premier trajet que j’ai fait, entourée de montagnes de part et d’autres, je cherchais désespérément des yeux la trace d’un “lift” (ne pourrait-il y avoir un ski lift, après tout, dans ces montagnes ?…) tandis que le chauffeur passait son temps à répéter : “to the lift…”, i.e., ai-je fini par comprendre, “to the left“… M’a rappelé ce professeur de géographie française qui me parlait d’Ecosse - des Causses, pour finir -, ou celui, en philosophie, dont je ne comprenais pas ce qu’il avait à nous rabattre les oreilles de ses “étangs” aussi boueux qu’obscurs - l’Etant, en fait, un truc allemand du 19ème siècle s’est-il avéré.

Malgré tout, les Néo-Zélandais ont une logique en matière de “i” qui dépasse certains schémas traditionnels : ne pas s’offusquer quand ils comptent, c’est bien “one, two, three, four, five, sEx“, suivi, on est sauvé, d’un “sIven” plus dans les cordes de la logique qu’on avait cru saisir jusqu’alors.

  • Ils font du vin, et l’on voit les gens savourer à présent celui-ci à égalité avec la bière dans les bars - moi exceptée, bel et bien convertie à la bière. En la matière, les Australiens ont la palme ; à vrai dire, en matière de goût tout court, ils n’ont pas de mal à dépasser les Néo-Zélandais, dont on ne peut pas dire que la gastronomie soit le fort. Et là c’est même grossier de soutenir la comparaison, elle ne devrait même pas être ébauchée. En fait, je n’ai jamais aussi bien mangé qu’en Australie ! On trouve de tout, là-bas, et toujours de qualité ; même le burger dans le trou de 50 habitants au fond du désert, où les gens vivent sous terre dans des maisons troglodytes tellement il fait chaud, est savoureux.

Les supermarchés des deux pays sont comparables en apparence, ils ressemblent fort aux supermarchés américains, en plus petits (et certainement plus petits que nos géants dont je réalise qu’ils sont vraiment triplement pires que des mammouths et dont on ne devrait même pas avoir accepté la naissance, un beau jour sur un parking ou un terrain de foot local où l’on s’est dit, tiens, si j’ajoutais un hangar à consommation pour distraire la compagnie ?…), mais les supermarchés australiens ont plus de choix, plus de marques différentes, et des produits encore plus exotiques, la population étant beaucoup plus mixée qu’en Nouvelle-Zélande.

  • On vénère le sport, c’est l’activité numéro un, encore plus en Australie peut-être. Des deux côtés en tout cas, c’est le sport nature qui domine, on n’est pas en Californie et les salles de sport n’ont pas l’apanage. En Australie, c’est le surf, la natation, le cricket. En Nouvelle-Zélande, c’est la randonnée (le tramping, comme ils disent, encore un mot pour vous « confuser » l’esprit, après tous les hiking, trekking, walking…), la pêche (sport national), le kayak, la voile - et le cricket. Et le rafting, le saut à l’élastique, tout ce qui peut potentiellement être imaginé dans un environnement X ou Y.

C’est ça qui est saisissant dans ces deux pays : la place accordée à la nature. Non seulement vénérée sur les pièces de monnaie et dans des musées d’histoire naturelle érigés en temples de la diversité biologique et de l’inventivité muséographique réunies, mais mise en valeur de façon discrète dans des parcs naturels super organisés (mais pas transformés en Disneyland de l’araignée tropicale, ni en “Welcome to Magic Bushland - please drive in - best ice cream in the South hemisphere 300 metres from here“…), respectée assidûment par les gens, qui recyclent - on composte même parfois, dans certains backpackers (i.e. hostels : un autre concept partagé par les deux îles) -, ne jettent rien par terre, et apprécient de marcher pour atteindre un site naturel plutôt que de rouler.

Autre sujet de méditation, pour moi : la qualité de vie, protégée par ici, et même c’est à se demander si ce ne serait pas dans cette partie de l’hémisphère qu’on aurait inventé le concept. Non, ce serait vraisemblablement plutôt en Europe, car pour eux, vivre bien semble aussi naturel que respirer : ils n’auront pas eu besoin d’institutionaliser par la définition d’une notion ce qui chez nous a de beaux jours devant soi en termes de réflexion collective, d’aménagement et de progrès… La réflexion m’a prise un jour tout spécifiquement à Sydney - 4 millions d’habitants, pas mal donc (d’accord, ce n’est pas Mexico, mais quand même…) -, sur une pelouse en bordure d’une piscine logée, comme partout dans la ville, dans un petit parc au coin de deux avenues, et où je venais de nager tranquillement, sans chemin à frayer entre les bras, jambes et bonnets, ni accumulation de bleus suite à ça, tranquillement donc, au soleil, et dans une eau non chlorée, une eau salée, à filtration naturelle… Un autre jour, dans cette même ville, j’ai pris un bus et en 20 minutes j’étais en train de faire une grande marche vivifiante au bord de l’océan ; tout en pouvant profiter, le soir, de trente-six librairies second hand, restaurants exotiques, cinémas…

La vie australienne est organisée autour d’un concept fondamental : le barbie (ou BBQ), consécration ultime de cette vie au grand air. Le 25 décembre à Sydney, il est commun de se retrouver à la plage pour un barbie entre amis. Le moindre carré d’herbe public est equipé de BBQ, et même sur le campus de l’université (qui lui aussi laisse à méditer…) on peut amener ses saucisses et ses lentil patties (car les végétariens sont hautement respectés sous ces latitudes). Dans les montagnes ou simplement pour tromper les soirées d’hiver, on organise parfois, pour le fun, en juillet, un “Yule festival“, soirée dinde aux marrons et sapin enguirlandé, histoire d’avoir soi aussi sa part de Christmas pudding

 

Pour continuer sur cette disgression australienne, ils ont là-bas une façon toute particulière de bousculer l’anglais élisabethain : le breakfast devient brekkie, le truck, truckie, pour n’en citer que deux, mais qui soulignent en tout cas cette facon qu’ils ont de jouer avec tout, rien ne vaut vraiment la peine d’être pris trop sérieusement ; et aussi, l’art qu’ils cultivent de mettre à l’aise, d’injecter du familier jusque dans leur discours.

J’appréhendais un peu le retour au “Western world” après ces six mois en Asie, mais l’Australie est vraiment une partie bien distincte de cet Occident globalisé un peu trop vite dans mon esprit. C’est incroyable ce que j’ai pu me sentir bien dans ce pays où partout l’on vous accueille d’un “hi mate, how are you ?“, et où le maître mot est sans conteste “no worries“, une expression que je ne veux pas quitter, fervente que je suis dans ma croyance en le pouvoir des mots, qui à force d’être employés peuvent creuser des sillons profonds - et guider sa vie le long du sillon “no worries” n’est à première vue pas déplaisant ; en tout cas, les Australiens ont l’air de bien s’en porter. C’est un peu déconcertant parfois au départ - ils ont l’air de se moquer de tout, à vrai dire - mais on s’y fait…

La Nouvelle-Zélande est moins exaltante de ce côté là. Je la sens beaucoup plus conservatrice, les gens vivent une vie tranquille et passent leur temps dans la nature, peu regardants quant à leur look ou à telle ou telle facon nouvelle d’accommoder le roast beef, sentant moins le besoin de repeindre leur maison en rose ou d’installer des bananes géantes au bord des routes (eh oui, suivant mon pélerinage Bill Bryson - mon écrivain fétiche en matière de pays anglo-saxons -, j’ai marché trois heures montre en main sous une chaleur tropicale pour aller photographier la Big Banana de Coffs Harbour, citée dans son ouvrage Down Under, que je vous recommande au passage). Et à vrai dire, la Néo-Zélandaise cinquantenaire n’a pas un profil si lointain de celui d’Elisabeth II…

Les Australiens m’ont plus rappelé les Américains, par ce fond créatif et déjanté qui perce partout. Quelque chose des Américains, mais les faux ongles, le brushing en moins ; pas non plus cette obsession de la réussite sociale, qui pousse certains, outre-Atlantique, à assortir les premières rencontres d’une récitation en bonne et due forme de leur CV, objectifs à moyen, court et long terme, background familial et opinion politique en sus, si l’on est chanceux (un point de vue un peu acide, mais sans méchanceté : cette découverte des Australiens n’a pas entamé mon amour des Américains, et précisément, il était intéressant pour moi d’aller voir Down Under, pour tâcher de comprendre ce qui différencie les Anglo-Saxons des deux hémisphères ; d’avoir observé un peu ceux d’en-bas, j’ai compris plus de choses sur ceux d’en-haut…) En tout cas, quand vous croisez un jeune Australien, il y a de fortes chances, si la conversation par hasard (et vraiment in fine) atteint la sphère socioprofessionnelle, qu’il vous indique qu’il a, à son actif, pas mal de boulots différents et plus ou moins “grands” (i.e., divers petits boulots, qui font qu’il sait à présent refaire la plomberie de sa maison, améliorer la logistique d’un livreur de pizzas, parler six mots de japonais, et qu’il connaît tout sur le musée du lacet à Hole-in-the-Outback), et visité pas mal de pays entretemps. N’oublions pas que les Australiens sont les inventeurs du Lonely Planet, et de l’hostel type “backpacker“, toute une expérience…

Pouh… je ne sais plus où j’en étais avec tout ça. En tout cas j’ai bien l’impression que j’y suis parvenue, à cette fameuse comparaison des deux pays…

 

Itinéraire dans le bush

Juste pour vous dire en gros sur quels sentiers je me suis promenée géographiquement, pour ceux qui aiment les atlas : arrivée à Melbourne (en plein Grand Prix - prononcer “Grrwande Pwree” -, de Formule 1 s’entend ; et donc j’ai frôlé l’étape où j’allais tenter le camping intra-urbain, dans un jardin public, pour cause de surbooking), tour de trois jours le long de la Great Ocean Road jusqu’à Adelaide.

De là, train (Indian Pacific : mythique !) jusqu’à Broken Hill, ville minière perdue dans l’outback (pensée émue pour certains fans de « Priscilla Folle du Désert » : j’ai pris des photos du pub) ; en attendant le prochain train (tous les quatre jours), visite de la région, mines d’opales, villes fantômes prises en main par les artistes, plein de galeries, de murs peints, de sculptures dans le désert… Totalement inattendu, cet endroit s’est révélé le clou de mon passage down under ! Dix-huit heures de train ensuite jusqu’à Sydney, où je suis restée une semaine chez un Français, ami d’une amie, au regard aguerri sur la ville (où il vit depuis 25 ans), et plein de fantaisie sur le monde et les gens.

Quelques jours ensuite dans les Blue Mountains, à deux heures de train de banlieue de là, mais on se croirait dans les Rocheuses et c’est le bush complet, le paradis des randonneurs.

Remontée, enfin, sur la côte Est, pause à Coff’s Harbour, terre de la Big Banana, puis à Byron Bay, et là coup de foudre final : je me suis posée sur un rocher et je n’ai plus bougé, ne suis remontée à Brisbane qu’au dernier moment, pour attraper mon avion.

Quête du Graal chez les Maoris

En Nouvelle-Zélande, arrivée fraîche, après l’humidité tropicale de Brisbane, à Christchurch (pour Pâques, s’est-il avéré… Qu’est-ce que c’est que de ne plus avoir d’agenda gravé dans la tête… re-trip “je vais devoir camper dans la rue si vous ne me trouvez pas un lit !”), où je suis restée une petite semaine, le temps de m’acclimater, avec une excursion d’une journée dans la montagne, vers des sources chaudes en plein air.

Puis trois semaines à travers l’île du Sud, complètement sauvage et hallucinante - Tolkien n’a jamais mis les pieds en Nouvelle-Zélande, mais l’endroit se prête bien au Seigneur des Anneaux, c’est vrai ; le réalisateur, néo-zélandais, a bien fait d’insister (autrement le truc aurait été tourné en Patagonie ou dans je ne sais quel trou de la planète…). Par contre, ce qu’ils ont bien camouflé dans le film, et qui s’accorde, tout autant que la culture celtique, avec ces brumes étranges et ces sommets herbus ou enneigés, c’est la culture maori, elle aussi mystérieuse et caverneuse en son genre.

Lake Tekapo, Mt Cook, Queenstown (cette fois-ci le coup de la tente n’a pu être évité ; au camping, cela dit), Te Anau, d’où j’ai fait une randonnée de quatre jours extraordinaire, puis une excursion à Milford Sound (mon premier fjord ! pas si émouvant que ça, en fait… m’a rappelé certains angles du lac d’Annecy).

Wanaka, puis Fox Glacier, où j’ai tenté une deuxième expérience randonneuse, deux jours cette fois mais une peine dure, dure… récompensée heureusement par des sources chaudes et boueues à l’arrivée, sous le ciel et les sommets enneigés… A Fox j’ai tenté aussi la marche sur glacier, avec un guide par contre (mes premiers crampons ! beaucoup plus émouvant cette fois-ci…).

Halte à Punakaiki (autant en Australie, les noms sont un mélange de “Adelaide” et de “Woolongoolong”, autant ici, “Christchurch” côtoie “Taupo” ou “Punakaiki”), pour les fameuses roches pancakes, sur l’océan.

Route enfin jusqu’à Picton, embarquement sur le ferry de 5h du matin (que ne faut-il pas faire pour économiser…) pour l’île du Nord, où je suis arrivée samedi, à Wellington. Demain je pars vers le Nord, vais essayer une troisième marche autour d’un groupe de volcans, au centre de l’île. Le 12, avion pour Santiago de Chile !! Je suis plongée dans mon manuel d’espagnol… J’y retourne d’ailleurs, c’est pas tout ça !

Je vous envoie plein de pensées amicales, de “no worries mate” et d’air montagnard, et espère que vous êtes tous en super forme en ce printemps ensoleillé paraît-il (ici, on est aux champignons).

A très bientôt !

Pauline

PS : si quelqu’un est intéressé de sous-louer ou d’héberger quelqu’un contre monnaie cet été, j’ai rencontré en Australie un jeune Suisse-Allemand, Pirmin Nietlisbach, 19 ans, modèle du sérieux suisse légendaire m’a-t-il semblé, étudiant en ornithologie et qui cherche un logement à Paris de fin juillet à fin août. Son e-mail est pimi.nietli@bluemail.ch

PS2 : je suis à la recherche de tout tuyau utile concernant une chambre de bonne sous les toits (toilettes et douche sur palier encore mieux : gain de place), max 200 euros/mois, 3ème arrondissement (ou par là-bas, quoi) si possible, à partir de septembre.

Recherche également vieux vélo (du type qu’on n’a pas nécessairement envie de voler à première vue ; cela dit je pourrai l’arranger moi-même d’un coup de peinture grisâtre).

Et recherche un petit futon japonais, sous-matelas et matelas, sans le cadre en bois (le truc que les Japonais roulent le matin dans un coin).

Et éventuellement aussi, petit frigidaire (type mini-bar : juste pour le minimum). Tout ceci pouvant faire l’objet d’un échange (vente également possible !) avec différentes choses qui peuvent en intéresser certains : studio dans le 15ème ; clic-clac, bureau Ikea ; frigidaire king size (format parisien néanmoins… on ne s’emballe pas si vite !) ; lave linge Whirlpool qui lave même la soie (encore sous garantie Darty pour 3 ans).

Pour finir, qui a une idée des meilleures façons de vendre des trucs à Paris (ex : brocantes ? puces ?) ? Tout tuyau très bienvenu ! J’aimerais bien faire un garage sale, mais je ne sais pas si mes rapports avec mes gardiens et l’OPAC réunis le permettraient…

Merci de votre aide !

 

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La dernière partie, sur le Chili et l’Argentine, reste à écrire…

Je suis finalement rentrée la dernière semaine de juin 2004, au lieu de fin août, préférant garder le Machu Pichu et autres merveilles boliviennes et brésiliennes, rêvées depuis longtemps, pour une autre fois, avec l’enthousiasme et la fraîcheur de regard des débuts…

J’ai quand même passé cinq bonnes semaines entre le Chili et l’Argentine, ai pris des cours d’espagnol, puis acheté pour finir une guitare : un rêve s’achève, un autre commence…

Posted by Pauline at 15:37:12 | Permalink | No Comments »